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La poule ou l'oeuf : est-ce les médias qui déterminent les normes de la beauté OU BEDON nous qui les dictons?

Hello! Veuillez noter que je ne suis PAS l'auteure de ce texte. Il nous vient plutôt d'une lectrice awesome, Marie-Eve! La voici, en ses mots : Marie-Eve s'intéresse au monde de la mode comme à une partie du grand miroir social que forme la culture. En attendant de finir ses études en lettres, elle nous entretient sur le côté grinçant de la nécessité esthétique. Mis à part son jargon parfois un peu compliqué, c'est une fille ben ordinaire, qui écoute du rock'n'roll et qui se déplace en longboard. Elle aime aussi beaucoup (trop) les chats.

Il y a la femme hétérosexuelle blanche de 25 ans, et il y a les autres… Du moins, c’est ce qu’affirme la revue Maxim* et son annuel Hot 100 des femmes les plus sexy au monde.

(Attendez avant d’aller vous péter la tête dans le mur : on va essayer d’y comprendre quelque chose.)

Le swag de Miley Cirus lui vaut le titre de la femme la plus sexy du monde entier. La chanteuse de 20 ans est aussi la plus jeune lauréate de cet honneur, ex-aequo avec la championne de 2001 Jessica Alba. Cirus est talonnée par Selena Gomez et Kate Upton, respectivement 2e et 4e du top 100, et dont l’âge ne dépasse point celui de la pole position.

Quant aux autres détails de ce palmarès aux cinquante nuances de beige, une mention de félicitations à Mrs. Carter (a.k.a. Beyonce) et à Rihanna pour s’être illustrées dans cette marée blanche. La troisième position de cette dernière camoufle de manière peu réussie le caractère xénophobe de l’exercice.

On retient de ce poll Maxim le chiffre magique 25, soit l’âge moyen du top 10 (Jennifer Love-Hewitt fait grimper la moyenne en flèche) et l’âge moyen de tous les numéros 1 depuis 2000.

Certains peuvent donc se réjouir du fait que la nymphette de 20 ans n’incarne pas véritablement l’idéal contemporain de la femme. Eh oui! Celui-ci fait plutôt référence à une américaine hétérosexuelle blanche de 25 ans, pour la plupart du temps terriblement blonde et siliconée. Rien à voir avec Hannah Montana.

Mais je voulais vous entretenir sur autre chose que l’évidence. Depuis 2012, le Maxim’s Hot 100 détermine son canon par la force démocratique. La revue sonde son moyen lecteur pour une plus grande validité des résultats.

« You voted, we counted (mostly with our fingers) and we can say with absolute certainty that before you lies the definitive list of the world's sexiest women. »

C’est désormais la conscience collective du daily user que reflète cette « liste définitive »; plus rien à voir avec une représentation de la femme modélisée pour le consommateur moyen par le groupuscule d’éditeurs de la revue. Le tout est bouclé par le fait que Maxim se dédouane de toute culpabilité devant le jury : la majorité a parlé, non? L’exercice démocratique vient donner la légitimité requise au palmarès, et le tout nous donne à penser que c’est le libre-arbitre des délibérants qui a donné lieu à ce foutoir. Sigh.

Cette approximation de la femme idéale n’est pas moins le produit du mass media américain. L’exagération de mon propos vise ici le retour entre l’image formulée par les magazines et la confirmation qu’elle trouve chez l’individu. Life imitates art, ironisent certains, alors que d’autres continuent de marteler Free to choose. Parce que, t’sais, ça adonne-tu bien : t’avais *justement* envie de t’acheter des (micro) shorts à la Duke of Hazzards.

Blâmer les médias, dans cette perspective, revient à n’entrevoir que la pointe d’une mécanique beaucoup plus complexe. Et je ne parle pas de la mécanique du libre-marché : je parle de cette dynamique profondément humaine, la même qui provoque au sein d’un individu le dégoût et l’aliénation pour un même objet. Celle qui génère le malaise indicible dont il a été ici question récemment sur ce blogue. Celle qui nous fait détester l’idéal de femme que la société a profondément inscrit en nous.

Anyways. Le swag de Miley Cirus, vous en pensez quoi?

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*Maxim est l’une des revues les plus lues aux États-Unis.