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Deux jours dans la vie d'une Abénaquise, ou comprendre l'importance d'un héritage culturel.

Crédit photo : Menahan O. Delorme
Deux jours dans la vie d'une Abénaquise, ou comprendre l'importance d'un héritage culturel.
Je m'appelle Menahan. Je demeure à Montréal, je travaille dans le domaine dans lequel j'ai étudié à l'université, je suis une fan finie de la série The Mindy Project, j'écoute The Joy Formidable, je capote sur le design contemporain et j'ai un faible pour les avocats. 

Je suis également traditionaliste, j'ai des croyances et je pratique des cérémonies depuis que je suis dans le ventre de ma mère.

Je suis membre de la nation abénaquise. Voici ce à quoi ressemblent deux jours dans ma vie.

Jour Numéro 36
Je me lève, je m'habille, je mange une toast dans mon auto parce que je suis en retard. Je chiale contre un automobiliste qui me suit de trop près. J'arrive au bureau, je prends mon café, je lis mes courriels. Ma journée de travail terminée, je fais ma liste d'épicerie et je passe me chercher des trucs pour la semaine. J'arrive chez moi avec l'intention de faire du jogging. No jogging. Je me couche.

Jour Numéro 233
Je me lève à 3 h 30 du matin. Je mets mon habit traditionnel et mon coupe-vent. Je monte 2700 pieds de montagne à jeun. Avant le lever du soleil, au sommet du mont, je communique dans ma langue traditionnelle avec mes ancêtres. Je me réfère aux sept directions; les quatre points cardinaux, le ciel, la terre et moi-même.

Je mène une vie un peu comme tout le monde, sauf qu'il y a des éléments qui me sont particuliers, dont ma culture. Elle fait partie de moi.

Je tenais à vous faire connaître une bribe de mes croyances et de ma culture. Oui, je fais partie de l'une des 10 Premières Nations du Québec, et oui, je suis blonde aux yeux bleus. Mon grand-père parlait sa langue maternelle et mon père m'a tout appris sur ma culture depuis que je sais marcher. Une vraie de vraie Abénaquise. Aussi vrai que les Autochtones du Québec ne parlent pas tous la même langue, qu'ils paient des impôts lorsqu'ils ne travaillent pas sur leur communauté, qu'ils ne sont pas tous des chasseurs de gibiers, qu'ils ne sont pas tous alcooliques.

Ce que les gens ne connaissent pas fait peur et amène parfois son lot de mépris. En effet, avec la controverse de Radio-Canada et l'émission qui devait s'intituler Pow Wow, j'ai réalisé que plusieurs personnes ne connaissent pas ou connaissent très peu les réalités des Premières Nations du Québec, à en juger aux réactions suscitées par la lettre d'opinion de Natasha Kanapé Fontaine.

« Qu'est-ce qu'ils ont encore à chialer eux autres? », que certains diront.

Les Autochtones du Québec vivent actuellement une crise identitaire profonde et ça ne date pas d'hier. Plusieurs éléments ont contribué à l'effritement de la culture, je pense entre autres aux pensionnats pour Autochtones. Ça n'excuse en rien certains comportements, mais ça donne certainement une autre perception de la chose.

Il y a bientôt de cela 40 ans, les Québécois se sont battus pour faire de la langue française, pilier de la culture, la langue officielle au Québec. Les Québécois se sont prononcés, ils se sont battus pour la survie de leur culture.

Pour les Premières Nations, c'est un peu le même combat, mais avec encore moins de joueurs dans la partie...

Tout ça pour dire qu'il est important de prendre un certain recul, de voir la situation dans son ensemble et de connaître les réalités d'un peuple/individu avant de porter un jugement sur ses propos.