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Sténographe : ça mange quoi en hiver?
Crédit: Montage par Marie-Eve Jarry

Avez-vous déjà entendu parler du métier de sténographe? T'sais là, on voit ça des fois dans les films, c’est la personne assise proche de l’action, qui passe tout le procès à taper sur un clavier comme s’il n’y avait pas de lendemain.
 


Crédit : Giphy

 
Honnêtement, cette profession-là m’intriguait moyennement quand on m’a abordée pour en parler. Mais quand je m'y suis intéressée un minimum, j’ai vraiment découvert un monde insoupçonné *musique de X-Files*. Un peu comme quand tu manges une soupe rāmen pour la première fois. #MindBlown
 
D’abord, pourquoi est-ce que c’est méconnu? À cause de deux éléments, comme Édith Vachon-Raymond, adjointe administrative et responsable des communications de l’École de sténographie judiciaire du Québec, a gentiment expliqué à la néophyte que je suis :
 
Élément no1
C’est un métier qui a toujours existé, mais dans les années 90, on a décrété qu’on n’avait plus besoin de sténographes et qu’on les remplaçait par des enregistreuses. Le temps de se rendre compte que l’électronique n’est pas toujours plus fiable que l’humain, les sténographes se sont faits rares et vieillissants et la relève, absente.
 
L’École de sténographie judiciaire du Québec a repris ses activités pour de bon en 2010, après une courte réouverture de 2004 à 2009. Toutefois, avec seulement 26 diplômés depuis sa réouverture complète, le milieu a encore des croûtes à manger.
 

 
Élément no2
En raison de l’élément no1, le métier de sténographe a la réputation d’un vieux métier, voué à disparaître, alors que c’est le contraire. Maintenant branché sur la technologie, il ne cesse de se moderniser et d’évoluer.
 
Branché sur la technologie, car au lieu de 1. Taper sur la sténotype 2. Transcrire en vrai texte et 3. Faire faire des copies du texte par le copiste, la sténotype transcrit automatiquement les sons en texte. Beaucoup plus rapide!
 
Branché sur la techno aussi, parce que les sténotypes sont personnalisées en fonction de ce qu’entend le sténographe. Chacune des 22 touches de l’appareil représente un son qui, combiné à d’autres, équivaut à un mot. Mais ce n’est pas tout le monde qui entend les mots de la même façon!
 


Crédit : École de sténographie judiciaire du Québec

 
Par exemple : térébenthine. Certains vont entendre té-ré-ben-ti-ne, alors que d’autres vont entendre tér-éb-ent-in-e. La sténotype fonctionne avec un logiciel qui personnalise la sténo à mesure que le sténographe l’utilise. Et, avec le temps, l’appareil vient à comprendre que la combinaison de tel son et tel autre donne tel mot et ajuste le clavier en fonction de son utilisateur. C'EST FOU, JE SAIS!
 
Pier-Jade Duchaine, sténographe officielle fraîchement diplômée en 2014, est tombée en amour avec cette profession qui mariait deux intérêts plutôt difficiles à concilier : la langue et le droit. Un beau matin, elle est tombée sur le site internet de l’École de sténographie comme sur le mythique chaudron d’or au pied de l’arc-en-ciel : JACKPOT!
 


Pier-Jade Duchaine
Crédit : James Desauvage

 
Mais au quotidien, ça demande quoi et ça donne quoi être sténo?
 
« C’est comme apprendre une nouvelle langue : ça ne ressemble à rien de ce qu’on ait pu faire dans le passé et ça vient avec la pratique. De plus, on doit rapidement apprendre les combinaisons de touches et acquérir de la vitesse », explique Pier-Jade. Pour se pratiquer, ce sont les profs qui font la dictée, souvent à partir de véritables interrogatoires.
 
Avant de pouvoir taper n’importe quel mot, Pier-Jade estime que ça prend l’équivalent de 2 sessions. Ensuite, pour atteindre la vitesse nécessaire de 200 mots/minute (soit la vitesse de la parole) et passer son cours t'sais, ça prend toute la durée de la formation, soit 2 ans.
 


Crédit : We know memes

 
« Quand j’ai commencé, j’en étais à 30-40 mots/minute. En sortant de l’école, j’avais atteint le 200 mots/minute. Avec la pratique, ça continue à croître et je pense que j’en suis actuellement à 240-250 mots/minute. »
 
Actuellement, elle travaille pour la firme de sténographes où elle a effectué son stage, mais certains sténos travaillent à leur compte, sans faire partie d’une firme.
 
Comme Édith l’a dit, on manque de sténos actuellement, alors quelqu’un qui ne veut faire que du judiciaire peut le faire, car il y a un énorme besoin dans ce domaine. Sinon, beaucoup de sténos se retrouvent à voyager, par exemple pour l’ONU. Ils peuvent couvrir de grandes conférences où le son n’est pas excellent, des conseils d’administration qui durent 3 heures et nécessitent des procès-verbaux ou aussi venir en aide aux malentendants. Bref, n’importe quoi où il y a prise de parole!
 


Crédit : last.fm/Montage par Marie-Eve Jarry

 
Dans tous ces domaines, il y a assez de roulement et de demande pour assurer une sécurité financière à quiconque voudrait se lancer.
 
Pier-Jade, pour sa part, couvre parfois des dossiers qui font la manchette, soit des affaires criminelles ou des dossiers disciplinaires pour des ordres professionnels.
 
Est-ce difficile de rester de glace dans certains cas? « Ça vient avec la pratique et l’habitude. C’est notre travail d’être assis là et de rester neutre. Que ce soit drôle, triste, intelligent ou pas, on n’est pas autorisés à voir une opinion. » Bref, on sort sa poker face!
 


Crédit : Giphy

 
Avec le recul, Pier-Jade n’a que des bons mots pour la profession de sténographe : « Bien sûr, il faut s’attendre à une formation exigeante. C’est beaucoup d’heures de travail, il n’y a pas de secret autre que ça. Mais ça vaut vraiment la peine de mettre ces efforts, car après, c’est vraiment une belle qualité de vie avec des horaires flexibles. C’est divertissant aussi, car on apprend toujours de nouvelles choses et ce sont toujours de nouvelles personnes qui nous parlent. Mais il faut mettre les efforts quand c’est le temps de les mettre. »
 
Connaissiez-vous ce métier avant de lire cet article? Est-ce que ça vous aide dans votre indécision vocationnelle?  

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