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J’ai virtuellement daté Christian Grey – Partie 1
Crédit: Foundry/Pixabay

J’ai commencé à parler à Jason l’été dernier. Nous nous sommes croisés sur une dating app
quelconque alors qu’il était de passage à Québec pour affaires. Je venais de réactiver mon compte par curiosité, mais surtout pour me tester.

Me tester parce que quelques mois plus tôt, un ami de longue date me violait dans le confort de mon appartement. Ami de longue date avec qui le sentiment de confiance était plutôt fort. Me tester parce que je me sentais prête à me réapproprier ma sexualité.

Dans les millions de craintes que j’avais à la suite de l’agression, les plus importantes étaient liées à ma sexualité. Allais-je développer une aversion des hommes? Est-ce que je vais, un jour, redevenir confortable à vivre une situation d’intimité avec un homme? Si j’ai un enfant et que c’est un garçon, est-ce que je vais avoir peur de lui plus tard?

J’ai toujours eu une libido assez importante. J’ai toujours préféré le sexe un peu rough. J’assistais à des groupes de discussions avec d’autres victimes avec ce sentiment d’être imposteur. Je remettais en question mon viol. Si j’ai toujours aimé ça rough, pourquoi LÀ j’en fais un cas?

Le stress post-traumatique, la dépression qui s’en est suivie et la prise de multitude d’antidépresseurs tuaient complètement ma libido. « Quand je me masturbe et que je jouis, j’ai mal et je pleure. Docteur, suis-je normale? » Je posais la question à tous les professionnels qui me suivaient. Ma gynéco, mon docteur, mon psy, les intervenantes chez Viol-Secours, les autres victimes que je rencontrais. J’avais peur de ne plus jamais avoir envie de séduire, qu’on ne me trouve plus attirante, qu’on ne me trouve plus sexuelle, parce que, t’sais, au cas où je provoque une agression.

Jason est arrivé à ce moment dans ma vie. Jason est un dominant, selon le jargon BDSM.

Dès le début de nos conversations, j’ai eu un faible pour lui. J’avais l’impression qu’il pouvait me lire. Aux premiers échanges, il était capable de dire quand je n’étais pas complètement honnête avec lui. Je me suis ouverte à lui sans avoir peur. Où j’en suis dans ma vie, mon état d’esprit, ce que je recherche, tout.

Pour une raison que j’ignore, j’avais ce sentiment qu’il pouvait me contrôler. Je voulais lui obéir, je voulais me soumettre à lui. J’aurais tout fait pour avoir son attention et une validation de sa part.

Jason a ouvert cette porte où je pouvais m’assumer comme étant une soumise. Chose que je ne m’avouais pas avant mon viol. C’est comme si mon viol représentait le summum de mon incapacité à m’affirmer. M’affirmer en tant que personne, en tant que femme et surtout m’affirmer dans ma sexualité.

Quelques jours après le début de notre conversation, il repartait dans sa côte ouest-américaine, rendant impossible une rencontre. Pendant près d’un an, nous avons continué à correspondre. Pour une raison que j’ignore, il semblait toujours avoir un intérêt pour moi, mais me repoussait sans cesse. « Cette relation ne va nulle part », me répétait-il sans cesse. Mais il était toujours là pour moi.

Il était aux premières loges de ma vie durant l’épisode le plus difficile que j’ai eu à vivre. À l’inverse, je ne savais rien de lui. J’ai su son vrai nom quelques mois après que nous ayons commencé à parler. J’ai su qu’il avait un enfant. Je savais grosso modo ce qu’il faisait dans la vie. Un compte Skype et une adresse courriel secondaire. Je n’avais pas de photo de lui, rien. Il aurait pu ne pas exister.

À chaque fois qu’une conversation se terminait, j’avais cette impression que ce serait la dernière et qu’il allait disparaître de ma vie. J’ai abandonné tous plans potentiels d’une peut-être utopique rencontre après qu’il m’ait dit que je n’étais rien d’autre pour lui qu’une bonne amie virtuelle. Tellement intangible, mais ces mots m’avaient réellement blessée.

Cette relation m'a aidée à retrouver un certain désir sexuel et à m'assumer de nouveau en tant que femme. Mais voilà que je devais faire mon deuil de Jason.

Jusqu'à ce qu'il revienne à Québec récemment..

À suivre.
 

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