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Facebook et politique, un cocktail dangereux

Crédit photo : mikeledray/Shutterstock
Facebook et politique, un cocktail dangereux
Quand je me suis réveillée, le matin du 9 novembre, mon chum m’a demandé de lui faire un câlin.

« Qu’est-ce qu'il y a, chéri? ». Il me jette un regard atterré : « Trump a gagné ».

Une boule d’angoisse s’installe au fond de ma gorge. C’est comme sortir d’un rêve douillet duquel tu ne veux pas te réveiller. Le moment de reconnaissance est brutal. J’ouvre mon feed Facebook, c’est la panique. Nous venous tous de sortir du même rêve.

Une question m’obsède. Pourquoi étions-nous si confiants que les gens feraient le « bon choix »? Comment les médias ont-ils pu être autant dans le champ pour nous assurer qu’il était improbable que le « clown orange » ne se retrouve à la tête de l’une des plus grandes superpuissances mondiales (le Huffington Post, en passant, projetait que Clinton avait 98 % de chances de remporter l’élection)?

La réponse, selon moi, est dans la question. Le manque d’information et le déni, deux des plus importants dangers en tant que citoyen. Et les heures que nous passons sur Facebook ont sûrement contribué à cette mascarade.

Une source de désinformation
C’est quand la dernière fois que vous avez épluché les journaux (papier ou Web) pour avoir votre dose d’actualité? Pas besoin de mentir, la plupart d’entre nous nous contentons de notre fil Facebook ou Twitter pour nous tenir informés. Le problème, c’est que Facebook n’est pas un média d’information. La plus grande force des réseaux sociaux, c’est leur potentiel d’atteindre une quantité importante de personnes dans un temps éclair. C’est aussi la raison pour laquelle ils constituent des outils promotionnels puissants, recherchés… et dangereux.

Je suis sûre que, comme moi, vous aimez de temps en temps lire le Journal de Mourréal ou le Navet. Puisque la satire et l’humour utilisés y sont assez évidents, ils demeurent plutôt inoffensifs. Dans certains cas cependant, la désinformation est plus subtile. Couplés à leur potentiel de viralité, ces « fausses nouvelles », canulars et vérités tendancieuses peuvent se répandre comme un feu de poudre.

J’ai vu des universitaires reposter des articles qui datent de plusieurs années en croyant que c’était une nouvelle fraîche. D’autres n’hésitent pas à partager, même si les sources sont douteuses. Parfois, je vois littéralement de la bullshit : faits manipulés, mensonges, aberrations grossières.

Prenons en exemple ces manchettes qui ont gagné en popularité lors de la campagne électorale : « Hillary Clinton incite à la guerre civile si Trump est élu », « Le pape choque le monde entier en endossant Donald Trump », « Barack Obama admet être né au Kenya ». Certains de ces articles clickbait ont obtenu plus de 850 000 partages sur Facebook. Et avec une population à 45 % analphabète, je parie que la majorité s’est à peine contentée de lire le gros titre avant de cliquer sur « j’aime ».

La chambre à écho
L’autre problème des médias sociaux, c’est qu’ils agissent dans des réseaux fermés. Je m’explique : pour augmenter sa portée promotionnelle, Facebook modifie sans cesse son algorithme pour mieux cibler son contenu. Le but est de susciter le plus de clics possibles et donc de vendre le plus de publicité possible. Résultat : les posts que vous voyez sont personnalisés selon vos habitudes de consommation, vos intérêts, vos inclinations. Bref, vous voyez des choses qui vous ressemblent.

C’est la fameuse chambre à écho. Tout le monde dit la même chose et se tape mutuellement dans le dos pour l’avoir dite. Les pro-Clinton pensaient donc que l’affaire était dans le sac. Impossible que Trump gagne! Le problème, c’est qu’il se passait la même chose du côté des partisants de Trump. Le mouvement grossissait grâce aux réseaux sociaux, chacun s’encourageant dans son idéologie. Les silos étaient en marche.

J’en aurais long à dire sur la paresse des médias en ce qui concerne le traitement de l’information. Mais ce que je veux souligner, c'est que nous avons aussi notre rôle à jouer. Avec un univers d’information au bout des doigts, nous avons une responsabilité sociale de traiter celle-ci avec prudence. Et surtout d’être curieux, de douter, de vérifier, de rechercher, d’analyser.

On a passé trop de temps à se regarder le nombril, on a complètement manqué de voir ce qui se passait chez le voisin.