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Mon nom, ce privilège

Crédit photo : Unsplash/Pixabay
Mon nom, ce privilège
Allô! Je m’appelle Claudine Gagnon. Je mesure 5pi3, pèse 110 livres, je porte du 7 en chaussures et je suis châtaine aux yeux bleus. Pourquoi cette introduction aussi superficielle? Parce que je suis privilégiée.

Certains diront qu’un nom et une apparence physique ne changent rien. Malheureusement, au Québec, en 2016, ça change encore quelque chose. Que je le veuille ou non, je pars avec une longueur d’avance sur beaucoup d’autres personnes. Entre autres parce que je n’ai jamais besoin d’épeler mon nom de famille, de Montréal à Vancouver en passant par New York. Mais aussi parce qu’on me fait plus confiance qu’aux autres, aussi absurde que cela puisse être. Parce que j’ai plus de chances d’être appelée pour une entrevue d’embauche, d’obtenir un prêt pour une maison, une marge de crédit…

Et le pire là-dedans, c’est que je ne réalise pas assez que je suis privilégiée. J’ai grandi dans ce monde, je n’ai jamais rien connu d’autre. C’est difficile pour moi de comprendre comment vous vous sentez lorsque je demande, tout bêtement, sans vraiment réfléchir « C’est beau, ça vient d’où ton nom? » ou alors quand je demande « C’était comment dans ton pays? » sans savoir que vous êtes nés ici. Il faut comprendre, que bien que j’aie grandi à Montréal, dans mon quartier des années 90, il n’y avait qu’une seule Asiatique, qu’un seul Africain, qu’une seule Polonaise, qu’une seule Indienne et qu’un seul garçon d'origine latino-américaine dans mes classes.

Et comme ils étaient si peu nombreux, je n’ai jamais perçu la différence avec laquelle ils étaient traités. Et les différences culturelles, en 1995, ce n’était pas un sujet couramment traité à l’école. C’était un peu tabou, pas assez répandu, les vieux préjugés étaient encore trop là. Bref, je traîne encore, sans le vouloir, ces apprentissages de mon enfance.

Aujourd’hui, je suis de plus en plus sensibilisée au privilège que j’ai d’être née blanche, Gagnon au Québec. Je ne pourrai jamais comprendre, même pas 1 %, de ce que vivent les familles immigrantes ou même de ce que vivent les 3e générations d’immigrants à qui il ne reste pratiquement que le nom.

Par contre, je peux leur proposer mon support, mon ouverture d’esprit et surtout, contribuer à l’élimination des statuts de privilégiés au Québec. J’ai la chance d’aspirer à pratiquer un des plus beaux métiers du monde ; celui d’éducatrice à la petite enfance. J’ai surtout la responsabilité d’enseigner aux générations futures à ne jamais juger l’autre sur sa couleur de peau, sa langue maternelle, le contenu de son assiette, et encore moins la popularité de son nom de famille. Parce qu’au fond, si on remonte dans mon arbre généalogique, je ne suis pas plus Gagnon que bien d’autres.