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J'ai grandi à Saint-Michel et je ne suis pas dans une gang de rue

Crédit photo : John Roman Images/Shutterstock
J'ai grandi à Saint-Michel et je ne suis pas dans une gang de rue
Le titre de cet article peut vous sembler ridicule, eh bien il l’est tout autant que les remarques que j’ai pu essuyer au court de ma brève existence.
Crédit : Giphy

J’ai grandi à Saint-Michel, un quartier défavorisé de Montréal et pourtant lorsque je l’évoque, on jurerait que j’ai évolué dans un ghetto new-yorkais. Je tiens à dire que je suis consciente de la réalité de bien des gens qui vivent dans le quartier et que je ne cherche pas à minimiser le vécu de qui que ce soit. Cependant, ce n’est pas parce qu’un quartier est défavorisé ou difficile que chaque personne qui y habite correspond aux stéréotypes véhiculés par la société et je pense que c’est important de modifier notre regard, surtout dans un contexte de gentrification globale où ce qui est pauvre est laid et sale et se doit d’être masqué et déguisé dans des tentatives vaines de mixité sociale.

« Tu dois avoir peur de te promener le soir. »

Eh bien non, quand on sait que la plupart des agressions se produisent avec une personne connue de la victime, je n’ai pas plus peur qu’ailleurs et je ne pense pas être plus à l’abri sur le Plateau qu’à Saint-Michel ou Montréal Nord.


« Il y a des gens bizarres dans le coin…»

Bizarres? Je ne pense pas, non. Des gens moins favorisés, des gens de culture et d’habitude différentes des Québécois blancs, noirs, oui. Mais bizarres, non.

« Tu ne t’es jamais sentie toute seule en tant que blanche? »

Seriously?
Crédit : Giphy
 
Toute mon enfance, j’ai côtoyé davantage de personnes issues d’une culture différente de la mienne que de personnes de même origine que moi. Mon entourage a malheureusement pâli avec le temps et les bâtons dans les roues que les personnes racisées peuvent vivre dans des milieux plus privilégiés. Ce qui fait que pour moi, la normalité a toujours été d’être entourée par la différence, je ne l’ai donc jamais perçue comme menaçante ou dérangeante et c’est à mes yeux une grande richesse. Je suis donc horripilée de voir qu’on peut percevoir la situation autrement.

« Tu as dû voir des choses difficiles. »

Quand on me dit ça, je sais que la personne a en tête les terribles reportages qui traitent des gangs de rues. Qu’elle s’imagine que tous les soirs, coups de feu et batailles terrorisent le quartier. Je ne le nierai pas, ce phénomène existe, mais généralement je suis témoin des événements aux nouvelles, comme la plupart des gens. En effet, ces événements ne se produisent pas n’importe où, n’importe quand et si on ne fait pas partie du milieu, il y a peu de chances de se retrouver impliqué ou témoin. Par contre, oui, j’ai été témoin de choses difficiles, sans m’en rendre compte au départ, aveuglée par l’innocence de mes privilèges. Des familles qui peinaient à joindre les deux bouts, des milieux familiaux plus difficiles. En tant qu’enfant privilégiée de la classe moyenne, être témoin des difficultés que pouvaient vivre les autres m’a permis de développer mon empathie, de sortir de ma bulle de ouate. D’être la personne lucide et empathique que je suis aujourd’hui.

Et je ne suis pas une special snowflake. Les gens qui vivent dans ces quartiers ne sont pas forcément des pauvres âmes en détresse, des gens sans éducation ou des thugs endurcis.
 
Bref, ce serait super que ces clichés disparaissent une fois pour toute. Vous en pensez quoi?