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Vertige en Amérique centrale : on est tout petit devant l'immensément grand

Crédit photo : Marie-Eve Boisvert
Vertige en Amérique centrale : on est tout petit devant l'immensément grand
Des fois, le vertige me prend. Subitement. Une sensation de perte de contrôle s’empare de moi et mon cœur se met à battre à cent milles à l’heure. J’ai la tête qui tourne. Ça m’arrive en faisant des choses toutes simples comme lorsque je regarde la neige tomber sur son tapis blanc ou un couple de personnes âgées se tenir par la main ou même lorsque je lis un roman qui me fait oublier le temps qui passe. Difficile de mettre des mots sur ce sentiment. Des fois, c’est plus intense. Quand j’admire les étoiles, couchée sur un quai, en espérant en voir une filer vers l’autre bout du ciel par exemple. 

Mais la semaine passée, toutes ces émotions se sont multipliées. J’étais en Amérique centrale. Je faisais du backpacking avec ma meilleure amie. Un petit voyage de deux semaines au Nicaragua pour apprendre à surfer (ou l’art de ne pas se noyer), visiter les villages tous plus charmants les uns que les autres et pour réapprendre à respirer. Faire une pause de notre vie routinière, les pieds dans le sable et les cheveux pleins de sel de mer.

Un soir, donc, nous nous sommes retrouvées au sommet du volcan Masaya. Parce que c’était « un must » qu’on nous disait. Pour être honnête, je m’attendais à un attrape-touristes. Et pourtant... À la seconde où je suis arrivée au cratère, j’ai su que mes craintes n'étaient pas fondées. Dans la noirceur, je m’avançais d’un pas semi-confiant vers la cavité d’où sortait une incroyable fumée. Devant moi se trouvait une porte vers les entrailles de la Terre. Son surnom représentait bien ce volcan : « La Boca del Infierno » (la bouche de l'enfer). Je voyais la lave monter et descendre, un peu comme le font nos poumons au rythme de notre respiration. Je me sentais aspirée par cette « Bouche de l'enfer ». 
Crédit : Marie-Eve Perso
J’ai enfin compris pourquoi j’étais subjuguée devant un tel spectacle, pourquoi ma sensation de vertige me reprenait : je réalisais à quel point nous sommes petit.es devant l’immensément grand. Le volcan m’enracinait. Je prenais conscience que nous ne contrôlons finalement que très peu de choses dans la vie. Mes inquiétudes face à une éventuelle entrevue, la perception des gens à mon égard, ma situation financière... Tout ça ne représentait rien devant ce volcan qui, s’il entrait en éruption, allait assurément détruire la vie de centaines de villageois.

La nature est bien plus puissante que l’être humain. Comme ces vagues d'une force incroyable, ces tempêtes de neige qui paralysent les autoroutes et ces vents qui détruisent tout sur leur passage. Nous oublions parfois à quel point nous ne sommes qu'un grain de poussière pour Dame Nature. Du moins, je l’oublie souvent. J’essaie de tout contrôler autour de moi pour me sentir bien, à l’aise, sûre de moi. Mais ce n’est qu’un leurre. Sur quoi a-t-on réellement de l’emprise? Sur qui? 

Pendant quinze minutes (nous ne pouvions rester plus longtemps, la fumée étant toxique), je me suis laissée guider par ce vertige que je connaissais bien. Je l’ai apprivoisé. Il me rappelle que je suis toute petite. Il me remet à ma place. Que mes décisions, même si je leur donne souvent une importance de vie ou de mort, ne sont en fait que ça, de simples décisions. Ni bonnes ni mauvaises. 

J’ai regardé une dernière fois ce cratère enflammé et, même si je n’étais pas étendue sur un quai et que je ne voyais pas d’étoile filante, j’ai quand même fait le vœu qu’une étincelle de ce feu géant reparte avec moi afin qu’elle brûle le plus longtemps possible et me rappelle que je suis bien vivante. C'est tout ce qui compte maintenant.