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« Être perdue » ou comment je fais pour planifier quand il n’y a rien à planifier

Crédit photo : Catherine Maltais
« Être perdue » ou comment je fais pour planifier quand il n’y a rien à planifier
C’est la première fois de ma vie que je ressens cela. Bien sûr, il y a déjà eu de nombreuses fois où j’ai décidé de ne pas voir trop loin, parce que les événements qui arrivaient, plus proches chaque jour, me stressaient trop. Je vivais donc dans un vacuum en attendant qu’ils me frappent. Pourtant, cette fois-ci, c’est différent. Je suis complètement et désespérément perdue. Je n'attends aucun événement. Aucun coup de plein fouet à recevoir.

Du plus loin que je me souvienne, je m’illustre toujours assise dans une salle de classe. J’ai l’habitude d’être madame je-sais-tout, la petite « bolée » qui a de bonnes notes, un peu à l’écart de la vie sociale des filles populaires. Vous voyez le genre. Le fait est que, l’année scolaire terminée, je pouvais constamment m’appuyer sur l’idée qu’il y en aurait une autre en automne pour me guider. Une grande partie de ma vie, même presque toute, évolue autour de cette certitude. Enfin, évoluait.

Je viens d’obtenir mon baccalauréat et je n’accepte pas encore qu’en septembre prochain, je ne puisse absolument pas vous dire où je serai, ce que je ferai ou comment j’irai. Pour quelqu’un en constant stress, ayant une planification à toute épreuve pour y remédier (well, j’essaie de m’en convaincre), cette allégation résonne comme un trou noir. Je compare souvent ce sentiment à moi, dans une combinaison d’astronaute, errant dans l’espace, sans raccord au vaisseau, maintenant loin derrière, manquant d’oxygène un peu plus chaque seconde qui passe. « Y’en n’a pas de problème », me dis-je, d’une voix empreinte du plus gros sarcasme qui puisse exister.

Plus d’objectif, pas de travail et des amies précieuses qui s’en vont ne sont pas une liste des choses que j’avais prévues. Oui, je vis dans le déni depuis un bon moment déjà. Je n’ai plus de repères, je vis au jour le jour, comme ils disent. Je suis pourrie là-dedans. De plus, ça n’aide pas d’entrer en même temps dans le vrai monde adulte, où les responsabilités sont nombreuses et l’apprentissage obscur.

Je suis en ce moment en train de me demander : « Que fait-on quand on ne sait pas quoi faire? » J’ai l’impression qu’aucune réponse n’est appropriée. Avant il y avait : « Étudie, prends un projet à la fois, aie de bonnes notes. » Maintenant, il y a : « J’ai bien beau avoir une cote Z de feu en design graphique, les employeurs veulent voir le talent dans ton portfolio et pas un A dans ton bulletin. » Tout mon système de réussite s’écroule. La confiance avec.

La seule solution que j’ai est d’avoir des plans B, tout le temps. Plus d’objectif à long terme? En trouver de plus petits réalisables chaque jour. Pas de travail dans mon domaine? Garder mon emploi étudiant à temps plein durant l’été. Ce n’est pas l’idéal, mais c’est assez agréable et ça paie les factures. Des amies précieuses qui s’en vont? Planifier des activités à faire avec soi, pour soi, en dehors d’un cercle. 

Aller quelque part, même si l’on ne sait pas où, c’est déjà mieux que de ne pas avancer du tout, non?