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Où je me dénonce

Crédit photo : freestocks.org/Unsplash
Où je me dénonce
Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été comme ça. J’ai toujours éprouvé une gargantuesque animosité devant l’injustice, l’iniquité, l’inégalité, l’inexacte, la cruauté, le préjudice… Même qu’enfant, si on me mentait, je répétais, frustrée : « Mensonge, calomnie, INFAMIE! »

Récemment, au travail, je suis montée au front pour une collègue qui se trouve aussi à être mon amie. Pour faire une histoire longue courte, Jess est du genre à se laisser marcher sur les pieds et à s’éparpiller alors qu’une autre de mes collègues, Tamara, est du genre à bosser et elle est très cartésienne. Elle veut toujours savoir ce que les autres font, mais elle est particulièrement bête avec Jess pour diverses raisons : certaines correctes, d’autres exagérées (sorry Tam).

Cela fait des mois que ça dure, que je vois mon amie s’enfoncer dans le désespoir de pouvoir combler les attentes de Tamara. Cependant, n’allez pas imaginer que je crois que Tamara n’est pas une bonne personne. Tout ce qu’elle fait ou dit est honorable pour l’entreprise. C’est juste que je savais que Jess n’en pouvait plus… Et elle aussi se donne corps et âme pour l’entreprise! La situation ne pouvait plus durer.

Un jour, Jess a craqué. Elle pleurait à chaudes larmes alors qu’elle travaillait. C’était incontrôlable. Elle avait trop accumulé. (Je vous épargne le contexte.) Je lui ai dit de partir par messagerie texte. Je ne comprenais pas comment il était possible que la responsable la laisse travailler dans un tel état. J’appris ensuite que c’était parce qu’ils voulaient tous la rencontrer et mettre cartes sur table après le travail. Je devins mauve, bleu, VERTE! On ne frappe pas quelqu’un qui est déjà à terre, voyons! Je l’invitai à sortir de ce guet-apens. Comment diable mes collègues ne voyaient-ils pas qu’elle n’était pas dans un état propice à la discussion?

Et c’est là que j’ai sauté un câble... J’ai exigé à Jess qu’elle sorte de là et je suis montée à la barricade sur notre groupe Facebook secret (celui de l’entreprise) pour dire leurs quatre vérités à tous ceux qui s’étaient impliqués dans le conflit grandissant. En faisant ça, je croyais bien faire. Je croyais qu’ils allaient se regarder le nombril avant de critiquer les autres.

Ça ne s’est pas très bien passé...

Premier constat : On ne se fait pas d’ami.e.s en critiquant les autres.

Deuxième constat : Faire plus de remous qu’il y en a déjà n’apportera que plus d’animosité.

Troisième constat: Qui a passé pour la pire dans l’histoire? Bibi ici.

Pourtant, mes intentions étaient louables. Je voulais seulement que tout le monde se regarde le nombril avant de critiquer Jess.

Combien de fois dans ma vie une situation similaire m’est arrivée? Des centaines. J’ai été méchante en ayant pourtant des intentions louables tellement de fois. Vous voulez des exemples? Lorsque j’étais chrétienne, j’ai dit à ma cousine qu’elle croupirait en enfer si elle n’acceptait pas le sacrifice du Christ! Lorsque j’étais végane, j’ai dit aux carnistes qu’ils étaient des meurtriers et des violeurs! Je pourrais vous donner des dizaines d’exemples de ce genre... Chaque fois, j’avais l’intention de rendre justice à quelqu’un ou à une cause. J’ai clairement le syndrome de Jeanne D’Arc (comme Tam dit). Je suis un cheval d’assaut et ça me fatigue.

Je m’excuse à tous ceux et celles à qui j’ai pu faire du tort en revendiquant quoi que ce soit. J’ai toujours des bonnes raisons, des bonnes valeurs derrière mes actions, mais ça n’excuse en rien la méchanceté dont je peux faire preuve parfois. J’aimerais tant être différente, trouver le juste milieu où on se bat pour la cause sans faire de la peine aux autres… J’ai foi que je vais le trouver un jour.

Dans ce texte, j’ai pris la parole pour me dénoncer. Dans le milieu militant, le syndrome de Jeanne D’Arc est très présent. Je vous invite maintenant à un exercice d’introspection : c’est l’heure de s’excuser de nos méfaits. Ça fait un bien fou. Promis.

*À noter que les noms figurant dans le texte ont été modifiés.