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Le deuil quand on a 20 ans, on vit ça comment?

Crédit photo : Marie-Pier Lemieux
Le deuil quand on a 20 ans, on vit ça comment?
À 20 ans, on ne s’attend pas nécessairement à perdre des gens de notre entourage. Oui, il y a souvent de nos ami.e.s qui perdent leurs grands-parents ou des proches, mais pour moi, c’est irréel que quelqu’un de mon âge, qu’une personne avec qui je suis allée à l’école, se voit retiré sont droit de vivre aussi sauvagement. J’ai vu la mort à quelques occasions dans ma vie, de près ou de loin, mais cette fois, c’est différent.
 
Quand je l’ai appris, je ne comprenais plus rien. On dirait que je ne réalisais pas que cette personne qui avait fait partie de ma vie pendant six ans, cette personne que j’ai côtoyée chaque jour pendant des années, cette personne avec qui j’ai fait tellement de sorties, elle n'était plus là.

Ça m’a frappée d’autant plus lorsque j’ai réalisé que je n’avais pas vraiment parlé à cette personne dans les trois dernières années.
 
Il y a des gens avec qui on entretient une amitié sans attaches. On se dit qu'on se doit rien et que si un jour on se recroise, on va toujours être contents de se voir. C'est comme si le temps était resté figé et qu’on ne s’était jamais vraiment quittés.
 
Je me suis toujours dit qu’un jour j’allais recroiser cette personne ici, à Montréal, et qu’elle allait être en train de réaliser les rêves qu’on s’était dits à l’adolescence. Mais qu’est-ce qui me dit que c’était encore son rêve? Qu’est-ce qui me dit que cette personne était encore la même? Je vis en quelque sorte avec une image fixe d’un adolescent de 16 ans et non avec l’adulte qu’il était aujourd’hui. J’ai presque un sentiment d’imposteur lorsque j’en parle comme « mon ami ». La définition de l’amitié ne demande-t-elle pas qu’on ait au moins une conversation par année?
 
C’est con, je sais qu’on fond il s’agit de la même personne, que son humour n’a sûrement pas changé, que son sourire est toujours resté le même, mais reste que je ne connais plus réellement cette personne.
 
J’ai grandi, il a grandi, nous avons emprunté des chemins différents.
 
Il est parti aujourd’hui et je ressens un grand vide, car je n’aurai jamais ce moment autour d’une bière que j’ai toujours imaginé. Je ne connaîtrai jamais vraiment l’homme qu’il est devenu. Je dois vivre avec le fait de ne pas lui avoir dit au revoir et d’avoir été cette amitié du passé.
 
Quand on a 20 ans, on ne s’attend pas à feuilleter son album de finissants en regardant des mots laissés par des gens qui ne sont plus là. Pourtant, c’est mon cas aujourd’hui. 

Crédit : Marie-Pier Lemieux