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Non, je méprise pas les lecteur.trice.s du Journal de Montréal

Crédit photo : Kaboom pics // Karolina/Pexels
Non, je méprise pas les lecteur.trice.s du Journal de Montréal
Non, je ne méprise pas les lecteur.trice.s du Journal de Montréal. Je ne méprise pas non plus les auditeur.trice.s de La Voix, d’Occupation Double ou de Denis Lévesque. Je ne méprise ni le « Petit Peuple », ni « Monsieur et Madame Toutlemonde », deux expressions que j’ai en horreur,  par ailleurs. Je ne dis pas ça parce que je me trouve spéciale ou ben fine. J’en parle parce qu’il s’agit d’une pensée qui cogite dans ma tête depuis la grève de 2012 . On peut dire que ça fait longtemps, mais ça m’a pris tout ce temps pour être capable de mettre des mots sur ce malaise que je ressens.

À l’époque, je faisais partie de plusieurs groupes Facebook pro-grève et si la plupart des discussions m’inspiraient, certains commentaires me sidéraient. Si je comprenais (très) bien la frustration de se voir dépeindre de façon erronée par certains médias, je ne comprenais, en revanche, pas du tout qu’un mouvement promouvant, notamment, l’accès à l’instruction pour les classes populaires rejette les membres de cette même classe dans une espèce de masturbation intellectuelle profondément élitiste.

Je tiens à dire que je ne crois pas que les objets de culture que j’ai mentionnés ne soient l’apanage que des personnes plus défavorisées, bien au contraire. Je crois cependant que c’est le stéréotype qui vient le plus spontanément en tête et qu’on accole de condescendance bien mal avisée les consommateur.trice.s de ces objets. C’est encore plus confrontant à mes yeux lorsque les personnes qui font preuve de mépris défendent des valeurs prônant l’égalité sociale.

Certaines personnes lisent le Journal de Montréal, car elles croient que c’est la seule presse qui leur est accessible et cette croyance me semble assez bien fondée lorsque l’on constate une certaine condescendance de la clientèle cible des autres médias qui, bien que pertinents, ne sont pas toujours des plus accueillants.

J’aime franchement mieux quelqu’un qui ne lit que le JDM que quelqu’un qui ne lit rien. Ces lecteur.trice.s font preuve de curiosité intellectuelle, un atout non négligeable qui ne devrait jamais être accueilli avec mépris, mais plutôt avec ouverture. Et même si les avis sont divergents, ce n’est certainement pas à l’aide du rejet que l'on parvient au dialogue et encore moins à un changement de perspective.

Quant aux autres exemples cités, ça me purge complètement de voir qu’on fonde une opinion hautaine et méprisante d’une personne en se fiant à ses divertissements. Je ne suis pas du tout, mais pas du tout, convaincue qu’une personne qui juge les auditeur.trice.s de La Voix et du Gala Artis se nourrit et s’abreuve exclusivement de Grande Culture. Que celui qui n’a jamais visionné de vidéos de chat me jette la première pierre, mais il m’apparaît complètement absurde de baser notre opinion d’une personne selon ce qui la fait décompresser. Et ce jugement, s'il se fait bien souvent classiste, il se fait également sexiste. Parce que, non , personne n’est 100 % du temps intellectuellement productif et je suis profondément convaincue que le quotidien de tous.tes est parsemé de futilités qui nous font du bien. Pis c’est ben correct.

Il est temps que les plaisirs ne soient plus coupables.
 

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