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L'amour du kung fu ou comment moins craindre les harceleurs la nuit

Crédit photo : Jason Briscoe/Unsplash
L'amour du kung fu ou comment moins craindre les harceleurs la nuit
J’ai longtemps refusé de prendre des cours d’auto-défense pour des raisons un peu innocentes du genre « c’est pas juste que vous, les hommes, vous n’avez pas à faire ça et moi tout le monde me dit que je devrais », jusqu’au jour où une amie s’est remise d’une agression sexuelle dans le métro notamment en prenant un cours qui lui proposait cette idée que son corps est une arme. Ce corps, agressé, humilié, sexualisé, peut devenir une arme.

J’avoue aussi que je me mettais à fantasmer d’avoir un gun dans ma poche et de pouvoir le sortir afin de voir le visage de mes harceleurs pâlir, qu’ils se mettent à genoux en me suppliant d’épargner leurs vies. En fait, je voulais reprendre le pouvoir et le mettre de mon côté. Pourtant, je suis fondamentalement contre les fusils. Je commençais à me faire un peu peur.

Crédit : Giphy

À cette même époque, ma famille et moi écoutions Jason Bourne en vacances et j’admirais, aux côtés de ma sœur, la force des arts martiaux. Par ces corps qui deviennent armes. L’idée de m’essayer à ce type d’exercice commençait à me trotter dans la tête. Et je suis tombée sur ce vidéo qui m’a convaincue une fois pour toutes :
 
Crédit : YouTube

Depuis quatre mois, ma sœur et moi apprenons le Shaolin Kung Fu selon la méthode de Wu Xing Wing Chun, la première à avoir donné son nom à un art martial. Cette technique, inventée par une femme qui elle-même a appris le kung fu d'une autre femme, préconise des mouvements de défense où la taille, la force et le poids ne deviennent pas un enjeu. C’est l’idée de faire un tout petit mouvement, mais profondément efficace, et où il est possible de vaincre un.e adversaire plus fort.e et plus grand.e que nous.

Au début, faire du kung fu, ça TUE. J’ai passé la première semaine à être complètement raquée. Le réchauffement de 30 minutes est déjà assez épuisant, croyez-moi, mais ça en vaut vraiment la peine. Et puis, après de nombreux coups de poing et de coups de pied, je développe peu à peu une certaine confiance en moi. J’ai passé mon tout premier examen pour avoir ma première ceinture et, même si je ne suis rien comparée aux expert.e.s qui bougent comme Jason Bourne et qui s’entraînent avec des sabres, j’ai de moins en moins peur quand je me promène le soir.

L’autre jour, je traversais un parc et il était près de minuit. J’étais craintive, mais je me disais, au moins, je sais comment donner un bon coup de pied circulaire et lui faire mal en ***. Toutes ces heures (ahem, minutes) passée en planche sur mes jointures et ces heures (ahem, encore minutes) en position squat avec un bâton sur les genoux sont un prix tellement gratifiant à payer pour pouvoir diminuer cette peur inculquée dans ma tête suite aux violences et aux discours nombreuses fois répétés.

Pour moi, pratiquer le kung fu est une extension de mon parcours féministe, en plus d’être un moyen de se mettre en forme avec beaucoup de motivation! (Attention au maître qui t’empêche d’abandonner à ton centième push-up.)

Et alors, même si je n’aurai pas de gun dans ma poche la prochaine fois que je vois des gens qui en agressent d’autres dans le métro, je pourrai un jour (si je travaille fort) les terrifier tout autant par la simple force de mes petites mains.

Pratiquez-vous un art martial?