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Les écoles de théâtre ont des croûtes à manger

Crédit photo : Elijah Flores/Unsplash
Les écoles de théâtre ont des croûtes à manger
Je suis étudiante en théâtre depuis quelques années. Lorsque j'ai commencé le programme, je croyais (naïvement) que j'allais rencontrer des gens ouverts d'esprit. Malheureusement, ce ne fut pas le cas. D'après mon expérience personnelle, être féministe est perçu négativement, et le fait de vivre avec une maladie mentale est jugé sévèrement. Mais ça, ce n'est pas le pire. J'ai été témoin de plusieurs événements inacceptables et violents, sauf qu'au lieu de dénoncer ces comportements, tout le monde a préféré jouer à l'autruche. D'une part parce que « the show must go on », et d'autre parce qu'iels sont carriéristes, alors ce qui arrive aux autres n'est pas de leurs affaires. 

Une personne qui étudiait avec moi a été victime d'une agression sexuelle de la part d'un étudiant. Non seulement elle a eu peu de soutien, mais elle a fait une dépression, faisait des crises d'anxiété dès qu'elle mettait les pieds à l'école et n'arrivait plus à dormir. Elle a voulu porter plainte auprès de la police, mais sans succès, par manque de preuves.

Puis, l'histoire a fini par se répandre comme de la poudre auprès des étudiant.e.s. Un des ami.e.s de l'agresseur a intimidé la victime dans les corridors de l'école sans aucune gêne, parce qu'elle avait « osé » le dénoncer. Parce que t'sais, c'est de sa faute si l'agresseur s'est fait remettre au visage les actions qu'il a commises et qu'il doit désormais vivre avec les conséquences. #Not Puis, elle a fini par quitter l'université, trop stressée à l'idée de recroiser son agresseur et de subir le jugement du département, qui pesait trop lourd sur ses épaules.

Certain.e.s ont été dégoûté.e.s des actions de leur camarade, mais la plupart se sont aveuglé.e.s volontairement. Ils ont décidé de ne pas dénoncer l'agresseur pour « ne pas faire de la marde ». Sauf que, pendant que l'agresseur continue d'étudier en toute tranquillité, la victime, elle, a de la difficulté à passer par-dessus son traumatisme même si elle a quitté le programme. C'est sa réputation qui a été salie dans cette histoire, pas celle de l'agresseur, malgré ce qu'il lui a fait.

Il y a eu une autre situation inacceptable au sein du département, et c'est sans surprise que pratiquement rien n'a été mis en place pour contrer cette violence. Un étudiant a fait preuve de violence envers une étudiante, et il a tenté de rattraper la situation en disant que ses actions se justifiaient par le fait qu'il était fortement intoxiqué. Le responsable de la classe a décidé, volontairement, de se taire pour éviter les représailles et pour ne pas « affecter la production » en cours.

Or, quelqu'un a voulu rapporter la situation auprès de la direction en raison de sa gravité. Suite à cette dénonciation, cette personne a été jugée sévèrement, certain.e.s affirmant qu'elle ne se mêlait pas de ses affaires et qu'elle faisait « du potinage ». La plupart des gens cherchaient à mettre au silence les événements, ce qui protégeait indirectement la personne fautive, qui, notons-le, a frappé en plein visage sa partenaire. Pourtant, tout ce que la personne qui a dénoncé la situation souhaitait, c'était d'ouvrir un dialogue avec le département, qui ignore depuis trop longtemps des gestes du genre.

J'ai aussi assisté à un autre événement lors d'un cours. Un professeur nous faisait étudier une œuvre où l'un des personnages commet un viol. Lors d'un cours, il a décidé de projeter l'extrait en question. Le problème, c'est qu'il n'a pas pris la peine d'avertir la classe qu'il était question de la scène de viol. Il ne s'est pas soucié un instant si les étudiant.e.s étaient à l'aise avec ça. Mon amie, qui a été victime d'agression sexuelle et qui a été complètement dégoûtée par la scène, décide de lui expliquer son malaise à la fin de la séance. Le professeur ne semblait pas être touché plus que ça par ses commentaires ; il banalisait le tout, comme si elle exagérait de revivre son traumatisme. J'ai été choquée par ce manque flagrant de professionnalisme, et surtout, l'absence totale d'écoute. Un professeur devrait toujours respecter ses étudiant.e.s, et dans ce cas-ci, ça lui passait dix pieds par-dessus la tête.

Je ne compte plus les fois où j'ai entendu des propos antiféministes et psychophobes à l'école. Malgré le mouvement #MeToo et tous les enjeux autour de la culture du viol, les difficultés à entamer un dialogue au sein du département sont bien réelles. Les gens veulent se taire suite à ces événements, parce qu'ils ont peur des autres et des répercussions qu'il peut y avoir sur leurs études, alors qu'ils ne devraient pas.

Il faut beaucoup de courage pour stand up, dénoncer un agresseur et les situations problématiques en étant conscient.e que ça ne fera pas l'unanimité. Je salue la bravoure de ces personnes, qui par leurs actions et leurs paroles, contribuent à enrayer la culture du viol et la misogynie. Grâce à elles.eux, l'espoir d'une différence et d'amener enfin les écoles à réaliser qu'il y a un sacré problème au sein de leur établissement prend forme.