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Britney, tu m'as fait questionner ma sexualité

Crédit photo : britneyspears/Instagram
Britney, tu m'as fait questionner ma sexualité
J’ai 10 ans, mon ancien beau-père m’achète des billets pour aller voir Britney Spears au « défunt » Centre Molson de Montréal avec ma mère. Je suis incroyablement contente. Après ma phase intense Spice Girls, je découvre Britney Spears.

Entre les costumes de Baby one more time et Oops!... I did it again, je suis ensorcelée par Britney (et c’est vraiment le bon mot pour décrire comment je me sentais à l’époque) et j’écoute toutes ses chansons sur repeat : je l’admire énormément.

Arrive le soir du concert et je suis fébrile comme ça ne fait pas de sens. Britney embarque sur la scène et ma mère me regarde en attendant ma réaction — je souris et ma mère aussi. Elle se met à fredonner les quelques mots qu’elle connaît en anglais et ne voit pas l’aura qui se crée tranquillement autour de moi.

Du haut de mon innocence de fillette de 10 ans, je regarde Britney et j’ai l’impression de la percevoir différemment de sur les photos des revues tendances pour adolescent.e.s de l’époque (Filles d’aujourd’hui et Cool!). Mon petit cœur bat fort, j’ai une boule de chaleur dans le bas du ventre et je n’ai aucune idée pourquoi. On sort finalement du spectacle en fermant la porte sur Britney, mais pas sur ce qu’elle m’a fait ressentir cette soirée-là.

Secondaire 5, j’ai une amie avec qui je me lie d’une amitié serrée. On est toujours ensemble et j’apprécie sa présence plus que celle de mes autres amies du temps. Je la regarde de loin même si je suis très près d’elle. Je me rends compte qu’elle me fait sentir différemment des autres filles, mais je ne me demande pas pourquoi. Un soir, je retrouve dans le fond de ma garde-robe le vieux calendrier de Britney acheté par ma mère au Centre Molson. Je comprends ce qui m’arrive, mais je décide de ne rien faire de peur de perdre mon amie. Je range mon calendrier en le cachant sous une pile de vieux souvenirs.

J’ai 19 ans, je tombe intensément en amour avec une femme — un vrai coup de foudre. Puis j’essaie d’embarquer dans notre relation et je veux m’affirmer. Mais ce n’est pas tout le monde qui reçoit bien ma décision. La relation ne fonctionne pas et au même moment, je fais une dépression majeure qui me plonge dans un lourd silence de 3 mois interminable.

La vie fait son chemin, je fréquente des femmes et des hommes, j’apprends que je suis Trouble de la Personnalité Limite et certaines personnes confondent ma santé mentale avec ma sexualité. Je suis blessée, mais j’essaie de faire la part des choses et j’annonce à quelques personnes en 2015 que je suis gaie.

Plus tard cette même année, mon regard tombe dans celui de mon copain actuel. Je comprends alors plusieurs choses : je ne suis pas gaie, mais je ne suis pas hétérosexuelle non plus. Ce que je veux dire, c’est que je n’ai pas arrêté d’être attirée envers les femmes en rencontrant mon amoureux. Celui-ci aurait pu ne pas être un homme, car pour moi, cela ne fait aucune différence, au fond. Et je trouve que c’est correct comme ça.

J’admire les gens qui « nomment » leur attirance sexuelle et j’admire aussi les gens qui ne le font pas. Parce qu’au final, après avoir finalement jeté mon calendrier de Britney durant mon déménagement de 2016, j’ai compris que je n’ai pas besoin de questionner ma sexualité. J’ai juste besoin de la vivre sans cacher mes vrais sentiments dans ma garde-robe, avec l’ancienne cachette de Britney Spears — tout simplement.