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Encore une fois...

Crédit photo : Debby Favreau
Encore une fois...
Ma mère me disait toujours :
- Tu ne serais pas congestionnée du nez parce que tu es pas mal congestionnée au travail?
- Tu as blessé ton genou ma chérie, y a-t-il quelque chose qui te retient d’avancer?

Et toujours avec ce sourire, que je me demande si elle me dit des menteries, ou bien... faudrait-il que je l’écoute? J’ai longuement douté, et j’ai vite compris qu’elle n’avait pas si tort.

En fait, c’est maintenant que je prends conscience que mon système nerveux est étroitement lié à mon système immunitaire, c’est-à-dire que mes maladies ont des causes partielles ou totalement psychologiques. Que mes émotions sont capables d’affaiblir mon corps. Venez que je vous raconte...

J’étais petite et lorsque je quittais pour l’école, j’avais mal au ventre. Juste en haut de mon nombril. Et je serrais mes bras très fort contre moi, comme lorsqu’on donne un câlin, mais à soi-même. Peut-être que c’est ce dont j’avais envie? Ce câlin d’amour de maman qui me manquait déjà, car je lui avais répondu bêtement ce matin-là… Le « suis désolée maman » me hantait l’esprit. Et je savais qu’elle avait mal, et que j’étais la seule responsable. J’avais fait une bêtise et je ne l’avais pas admise. J’avais pris mon sac, mes livres, le petit déjeuner sur le comptoir qu’elle m’avait préparé avec la brosse à dents dans la bouche et les cheveux encore ébouriffés. J’avais froncé les sourcils sans croiser son regard et j’avais quitté rapidement. Je marchais d’un pas sec et soudainement mon cœur était lourd, de plus en plus. Le vide se créait dans ma poitrine plus je m’éloignais. L’anxiété me creusait le ventre jusqu’à en avoir le vertige. L’heure avançait, je ne pouvais plus rebrousser chemin. Je regardais derrière moi et je voyais la rue au complet et ma maison était devenue si petite. Je savais que je n’avais pas le temps. La peine m’a prise, et je me suis dit : « Gère ça plus tard , l’autobus rempli de monde s’avance vers toi ». C’était la honte d’être faible. Je savais que je lui avais fait du mal et au lieu de l’admettre, j’avais joué la dure. Celle que je ne suis pas.

Jouer les dures, je l’ai toujours fait, par peur d’être blessée ou que quelqu’un me passe par-dessus le corps et me brise en mille morceaux. On a même déjà écrit ce livre sur ma vie. Mon nom en lettres bulle crayonnées par des enfants maladroits. On a sali l’âme pure d’une fille de 9 ans. On a bricolé sur mon corps en collant des étiquettes, qui une fois retirées ont laissé des traces qui ne s’effaceront jamais. J’ai voulu qu’elles m’aiment malgré tout. Malgré le fait que je sois très studieuse et à la fois remplie de talent. Malgré le fait que ma beauté ne laissait pas les gens indifférents, rayonnante, respectueuse et souriante. Malgré ma diversité, ma popularité, mes amis qui avaient une vie cool et ceux qui la vivaient différemment. Malgré que j’en faisais toujours plus. Ouais… Je pensais que j’arriverais à me faire aimer à ma juste valeur par elles. Mais je me suis battue jusqu’à frapper un mur, celui de l'école secondaire.

La fois où j’ai traversé le corridor central, où les casiers s’allongeaient jusqu’au plafond, où soudainement tout le monde était devenu plus grand. Je ne croisais aucun visage familier. Malgré la grisaille de ce premier jour, j’ai dû passer par-dessus et marcher seule dans la cour, le sac à dos rempli d’abandon, et c’est là que je me suis serrée encore une fois dans mes bras pour me retenir de ne pas m’effondrer devant tous ces regards. Cette fois-ci, j’avais une boule énorme dans mon ventre que je n’arrivais pas à retenir à l’intérieur et qui me faisait souffrir. Parce que je m’en voulais de ne pas avoir trouvé les mots pour me défendre? Parce que je m'étais menti à moi-même et je n’avais pas admis que je les avais laissées s’acharner sur moi? Parce que je n’arrivais pas à me pardonner, puisque j'étais trop exigeante?


Je voulais être vieille avant d’être jeune. Tout connaître avant d’avoir appris. J’ai emménagé avec le gars que je n’aimais pas d’amour dans une grande maison à l’âge de 18 ans, alors que ça faisait 7 ans que j’étais avec lui. Je me suis menti à moi seule tout ce temps. Pour ne pas déplaire à mes parents? Puisque c’était un bon garçon? Parce que j’avais peur de l’échec? Au lieu de me dire, « tu n’es pas la première qui laisse son amour du secondaire ». Parce que depuis le début, c’était un ami et non pas un amoureux.

J’ai appris à m’écouter lorsque la vie m’a fracassée de plein fouet un 7 avril. Elle m’a glissé sous la main comme un bijou qui coule au fond du lavabo. Cette fraction de vie, de temps, de silence, d’absence, où mes yeux et mon corps ont absorbés, mais que ma tête s’est égarée et que mon âme s’est détachée pour ne pas ressentir la douleur. Le temps a été long avant de me reconnecter entièrement à moi-même.

J’ai eu un autre copain qui n’a jamais compris mes souffrances. Et encore une fois, j’ai accepté des choses qui ne me plaisaient pas du tout. Je me sentais toujours idiote et rabaissée. Je perdais ma force et je me battais dans l’air jusqu’à ce que je quitte pour de bon, car l’anxiété du mal-être me rongeait le corps petit à petit. J’ai été seule un bon moment et je suis finalement retombée en amour cette fois-ci pour de vrai, mais avec l’homme qu’il n’était pas. J’ai aimé un mensonge. J’ai eu mal, car j’y ai cru. Un être qui s’aime mal blessera l’autre malgré lui. Les mots douloureux, les cadeaux de
pardon, les « je ne recommencerai plus », les crises, les émotions explosives…

Je me suis éloignée petit à petit, jusqu’à m’isoler de ma famille et mes amis. J’ai entendu toutes les raisons du monde, comme si on avait joué avec mon cœur et ma tête par la peur. Je n’arrivais pas à vivre pour moi, j’avais l’impression que je ne vivais que pour lui. À tous les matins en voiture, à tous les midis au téléphone et à tous les soirs en rentrant à la maison. J’y ai cru. J’ai voulu y croire et je me suis rendue à l’évidence qu’il n'a jamais été et ne serait jamais celui que j’avais imaginé. Le négatif régnait partout autour de moi. Et là, j’avais peur. Peur de partir. Peur qu’il s’enlève la vie et de me sentir responsable pour le reste de ma vie. Il n’avait pas de famille à ce moment-là, donc je sentais que tout était de ma faute, même si je savais que je lui avais tout donné.

Ça faisait un an maintenant que je n’arrivais plus à manger. Est-ce que j’avais trop ravalé toute ma vie que maintenant rien ne passait? Je mourais à petit feu de l’intérieur, ça me faisait des brûlures d’estomac? Est-ce que les refoulements d’émotions me créaient du reflux gastrique? J’ai passé tous les tests existants et je n’avais absolument rien. À ce moment-là, je me suis détachée de moi pour survivre et pour m’en sortir... Je suis restée une fois de plus avec un homme que je n’aimais pas d’amour. J’ai été jusqu’au bout du monde pour moi d’abord et avant tout, défier mes limites et pour me déresponsabiliser. J’ai admis. Je ne pouvais pas être elle, et plus jamais de ma vie.

Je me suis rendue à l’évidence que lorsque je suis malheureuse, je vis beaucoup d’anxiété. Je me braque pour survivre et tout mon corps en prend un coup. Et que toutes ces histoires se répètent et je ne comprends pas. Ma plus grande peur, c’est la mort. Mais au fond, est-ce que j’étais morte tout ce temps? À laisser ma vie défiler devant mes yeux en ne m’écoutant pas? Est-ce pour ça que j’ai tant peur de mourir et de perdre le contrôle de ma vie, puisque je me le fais subir dans mon inconscient?

Le vrai amour, je le connais maintenant. C’est celui que l’on appelle l’amour de soi. Depuis que je me pardonne et que j’admets, sans me battre, que j’assume que je suis malheureuse en toute honnêteté, je me sens libre et je renais. Je cours maintenant, je chante, je mange sainement, je prends soin de mon apparence, je donne à ceux que j’aime en premier et je veux le meilleur de moi. Et oui, j’ai couru jusqu’à lui. L’homme qui a embrassé toute la beauté de mes souffrances et qui donne tout son amour pour m’aider à révéler la plus belle version de moi. Pour la première fois, j’ai compris les paroles de cette chanson Give me all your pain and love would set you free.

Pour la première fois, j’aime d’amour. Les mots ne sont pas assez puissants pour définir l’amour que j’ai pour celui qui partage ma vie. C’est lui que j’ai choisi. Et il m’a choisie. Mais je crois aussi que puisque je n’arrive pas à décrire ce que c’est, c’est que c’était déjà écrit. La force de la vie en a choisi ainsi. C’est elle qui m’a envoyé un vent de folie, de respect, d’amour, de partage, de confiance, d’attirance, de solidité, sans peur et dépourvu d’anxiété. Maintenant, je l’accepte les bras grands ouverts face à la lumière et j’admets que je suis une femme heureuse et épanouie. Adieu l’anxiété et ses maladies. La bienveillance envers soi-même, c’est un art à découvrir. And love would set you free…

Et cette fois, c’était la dernière, car c’est la bonne…

Je suis heureuse aujourd'hui, car j’ai appris. Je t’ai pardonné comme je me suis pardonné. Je ne t’en veux pas, je te dis merci.

D.