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Enseigner le français à ma douce moitié, un avantage ou pas?

Crédit photo : gratisography.com/Pexels
Enseigner le français à ma douce moitié, un avantage ou pas?
À la demande de mon petit mari, je tente de lui enseigner quelques phrases de français depuis que nous sommes ensemble. Je ne l’ai jamais forcé, c’est vraiment une volonté de sa part. Beaucoup de gens autour de nous sont fascinés par cette chance inouïe d’être ensemble et de pouvoir s’entraider dans l’apprentissage de nos langues respectives. Pourtant, la réalité n’est pas si simple que ça.

Apprendre une langue ne se fait pas comme ça, juste en étant avec l’autre. C’est du moins l’un des points importants que nous avons compris avec le temps. Si de mon côté j’avais déjà une base d’espagnol avant de connaître mon amoureux, le fait de parler avec lui tous les jours a effectivement accru mon niveau assez rapidement. Disons qu’il est motivant de vouloir communiquer avec l’autre. Il faut préciser aussi que j’ai été plongée dans un univers 100 % hispanophone au Chili, là où je l’ai rencontré. Sans autre option, on apprend vite à communiquer dans la langue parlée autour de soi.

Avec le temps, je me suis par contre rendu compte que même si oralement j’avais un bon vocabulaire surtout très chilien, il me manquait quelques bases grammaticales. On s’habitue à construire des phrases et user les mots de l’autre en répétant, mais on ne comprend pas nécessairement pourquoi c’est ainsi et comment utiliser la même règle dans un autre contexte. C’est pour cette raison que j’ai suivi des cours d’espagnol avancés pour m’aider à progresser. Il a toujours été question que ce soit moi qui vienne vivre ici, au Chili, alors ça m’était également utile.

De son côté, mon petit mari, bien qu’il ait toujours souhaité apprendre un peu de français pour communiquer avec ma famille, n’avait jamais manifesté l’envie de suivre un cours plus théorique. De fil en aiguille, je suis devenue professeure de français langue étrangère et lui, il a décidé de s’inscrire à la maîtrise dans une université francophone au Canada. Ses besoins sont donc passés à un niveau nettement supérieur. C’est pourquoi maintenant je lui donne des cours au même titre que mes étudiants qui doivent passer un test de français.

Apprendre une langue (la parler, la lire, l’écrire bien et la comprendre dans divers accents) n’est pas une chose simple, quoiqu’en pensent certaines personnes. Il faut beaucoup de discipline, de la pratique et apprendre certaines règles qui comportent beaucoup d’exceptions (surtout en français). Avec le temps, nous en sommes venus à prendre du temps précisément pour ça. On a beau se dire qu’on va faire du français, mais il faut le planifier. C’est du temps de couple, mais ce n’est pas comme un souper en tête-à-tête, disons.

Aussi, j’insiste sur le fait qu’il faut énormément de patience de la part de l’apprenant et de celui qui enseigne la langue. J’aimerais tellement que ça soit instantané et rapide pour lui, mais parfois il lui faut un peu de temps pour comprendre quelques concepts. Aussi, j’ai peur qu’il trouve ça trop difficile et ait envie d’abandonner. De son côté, il doit accepter son statut d’apprenant et surtout avoir une grande confiance en moi. C’est à la fois stressant et motivant pour moi d’avoir un tel défi. Je veux qu’il réussisse, mais je ne peux pas le faire à sa place ni lui mettre de la pression, car c’est son objectif à lui d’étudier en français.

Mais malgré ces défis, ça donne lieu à quelques quiproquos très drôles parfois et nous rions beaucoup. Je vous laisse en terminant quelques phrases étranges entendues non seulement de la bouche de mon mari, mais d’autres étudiants.

« J’aime boire une bière quand je suis chaud. »

« Je suis très chaud. »

« Allons à la brassière (brasserie). »

« Qu’est-ce qu’il y a dans la putain (poutine) ? »

« Je rase (râpe) le fromage. »