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Les assurances, les maladies mentales et le besoin d’écrire

Crédit photo : carolanes/Instagram
Les assurances, les maladies mentales et le besoin d’écrire
Je trouve ça quand même fou (!!!) que plus ça change, plus c'est pareil. Dimanche, dans un état de grâce post-sieste, entre une grosse fatigue et une grippe qui accable une partie importante de ma famille (ma fille, mon fils et moi), j’ai commencé à recevoir pleins d’inbox de personnes qui voulaient que je lise la lettre ouverte de Samuel Archibald sur ses déboires avec les assurances et la maladie mentale. Après l’avoir lue (et grosso modo avoir tout lu ce qui s’est écrit sur le sujet qui ne soit pas d’un CDM – pour chroniqueur de marde), je prends enfin le temps de dire MON opinion sur le sujet.
 
Premièrement, j’ai envie de dire « FEEL YOU mon boy! » Si tu savais, Samuel, comment je te comprends de te battre contre les assurances. J’ai plus souvent fait la même chose à mon tour, sans jamais avoir d'assurance invalidité. Ça fait plusieurs années que j’essaie de me battre contre la dépression et que j’ai envie de montrer ma rage de vivre aux assurances, qui m’offrent maintenant des couvertures correctes, mais jamais comme si j’avais eu une santé mentale de béton comme bien du monde.
 
Secondo, je comprends aussi, encore là plus qu’à mon tour, le besoin d’écrire ainsi que les fausses rémissions. J’ai souvent peur d’en parler en public parce qu’on me diagnostiquerait plus d’affaires que mes petites tendances hypocondriaques, mais j’ai aussi eu des épisodes de fausse rémission. Genre que je pensais que j’allais mieux, que j’avais plus d’énergie, et je m’épuisais pour ensuite recommencer à aller mal. Je ne sais plus combien de fois je l’ai fait lors de ma première dépression, mais c’était assurément trop souvent pour que les gens autour puissent comprendre à quel point je me suis toujours fatiguée pour être « cohérente » dans ma dépense d’énergie.
 
La vérité, c’est qu’une maladie mentale ne se traite pas de la même façon pour tout le monde. Pour certaines personnes, un traitement peut fonctionner, et pour d’autres, ça peut ne peut pas marcher pantoute. Aussi, les traitements peuvent être efficaces pendant un certain temps pour arrêter de l’être après. Le dosage est difficile à gérer, mais ce qui est encore plus dur à gérer encore, c’est de trouver de l’aide avec un.e médecin de famille (si vous avez de la chance d’en avoir un.e), de trouver un.e psychiatre, de trouver un.e psychologue, et la plupart du temps de payer au privé toute cette aide médicale « à ne pas avoir envie de mourir ».
 
Quand j’ai fait mes deux dépressions, je n’ai jamais eu la chance d’avoir une assurance invalidité. J’ai dû continuer de travailler et j’ai eu beaucoup de chance d’avoir du support de ma famille (et surtout de mon chum et de Josiane) pour passer au travers du day to day. Je ne savais pas en ayant mon diagnostic que j’aurais à payer un traitement avec une psychologue au privé (remboursé à 80 % à concurrence de 500 $ par année, lol) pendant 6 ans et plus, et que je devais être enceinte sous antidépresseurs pour avoir LA CHANCE d’avoir accès à une psychiatre. Dans le monde des maladies mentales, il faut de l’appui, des ressources humaines et financières et beaucoup de chance pour être pris au sérieux.
 
Ce que je trouve poche, c’est qu’on ne prenne pas les maladies mentales au sérieux et qu’on joue encore à la police de la santé mentale avec les petits moments de bonheur que les gens partagent sur les médias sociaux. Bien sûr que ce n’est pas tout le temps gris être en dépression, il faut des moments de soleil pour permettre de ne pas tomber encore plus bas, même si des fois ça arrive que ça se passe avec une selfie en famille sur Instagram. On pense trop souvent qu’une dépression c’est linéaire, mais non. C’est rempli de petits moments de doute. Pis si ça fait plaisir d’écrire là-dessus, je vois mal comment cette méthode peut être critiquée.

C'est poche, mais c'est pas juste avec les dépressions. Josiane s'est fait refuser des assurances collectives nice, qu'elle voulait payer avec ses sous, parce qu'elle est TDAH et qu'elle a le malheur de gérer ça avec des médicaments. Ça envoie quoi comme message? Madame, tu prends soin de ton cerveau pour ne pas tomber, mais on ne peut pas t'assurer, parce que t'sais. Je sais que les assurances sont des entreprises privées, c'est juste fondamentalement triste de voir qu'il n' y a pas plus de ressources au public. 

Les maladies mentales, c'est encore le parent pauvre des maladies, et c'est surtout un problème qu'on doit adresser ensemble. C'est vraiment le fun de voir que la demande de Samuel sera réévaluée, mais combien de personnes ne sont pas écoutées depuis des années en lançant le même genre d'alerte? 
 
Dans le fond, ce que je veux dire, c’est que dans mon livre à moi (Les filles sont-elles folles?, Les Éditions Cardinal, 2017), c’est que d’avoir de l’aide en santé mentale est vraiment tough, et c’est quand même nice qu’un gars puisse prendre le peu d’énergie qu’il a pour mener une bataille de front afin de parler des inégalités qui y sont reliées. Cependant, c’est pas mal le temps que la société en parle davantage et prenne des actions pour ajuster le tir et régler les injustices qui viennent avec un cerveau qui ne marche pas comme « tout le monde ». 

Et peut-être que comme ça, plus de gens iraient se chercher de l'aide, parce que la conséquence de cette action-là serait d'aller mieux, pas de te faire bloquer toutes les tentatives d'être considéré comme un humain égal à ceux qui ne sont pas malades.