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Guédailles : culture du viol et solidarité entre femmes

Crédit photo : Benj_Master_Photography/Facebook
Guédailles : culture du viol et solidarité entre femmes
Guédailles, c'est l'histoire de trois femmes qui affrontent, ensemble et seules à la fois, la culture du viol quotidienne. Une femme enceinte par un viol, une femme victime de violence conjugale et une femme dépendante affective, toutes fragiles et fortes à la fois. Le copain violent fait également partie des personnages, nous offrant une meilleure perspective de la dynamique d'une relation toxique.

Monologue immobilisé et trash, entrecoupé par des dialogues tout aussi stoïques adressés au public, chorégraphie ponctuée de discours politiques dénonciateurs, décrivent le ton de la pièce.

Le texte et la mise en scène sont de Catherine Morrissette, finissante en jeu à l'École supérieure de théâtre de l'UQAM et féministe active dans la sphère artistique, avec son band punk Charôgne. L'auteure a été inspirée par le mouvement #MeToo pour produire son spectacle.

La force du show est définitivement sa sensibilité. Dans la plume de l'auteure, dans le jeu des acteur.trice.s, dans les thèmes abordés. Le féminisme est plus en vigueur dans les plateformes sociales, mais manque cruellement de plateforme artistique, en particulier au théâtre. Le sujet, considéré trop souvent comme « radical » et tabou, en est un que le Théâtre des Laides n'a pas hésité à déterrer. Disons que les avertissements concernant certains sujets pouvant être triggering sont appréciés. 

La performance globale des comédien.ne.s est convaincante, émouvante et drôle. Un mix qui permet de bien nuancer le déroulement de la pièce. Marie-Laurence Marleau est hilarante en fille qui cherche « l'amour » (ou plutôt de la compagnie) désespérément. Que ce soit au sein d'une application de rencontre ou un faux numéro, elle n'hésite pas à employer les stratégies nécessaires pour conserver l'attention qu'on lui porte. Elle envoie même une photo de ses boules à un inconnu (moment le plus comique de la pièce).

Noémie Ribaut nous offre une belle interprétation d'une fille battue, coincée dans un pattern paradoxal ; elle est vulnérable et indépendante à la fois. Le caractère autodérisoire du personnage permet d'alléger l'atmosphère pour contrebalancer la violence conjugale. Affublée de chignons, d'un manteau de fourrure blanc ainsi que d'un crop top en dentelle, la protagoniste exubérante à la franchise désarmante rend justice à son esthétique luxure-cheap.

Sara Karel Chiasson était très touchante en femme enceinte qui tente à tout prix de sortir sa meilleure amie du cercle vicieux de la violence conjugale. Violée dans un party, elle fait le choix de garder l'enfant et refuse de subir un avortement. La générosité du jeu de la comédienne a été payante et nous a rendu accessible la voix de la jeune femme.

Gabriel-Antoine Roy se glisse dans la peau du chum violent et était crédible au point de me faire réagir à quasi toutes ses répliques (lol). Le rôle illustre un peu trop bien le comportement d'un homme violent, qui justifie sans cesse ses actions par l'alcool, et surtout en blâmant l'autre. Le moment phare du comédien était lors de son monologue, où il tente de convaincre le public en le manipulant qu'il n'est pas méchant même s'il a fait un œil au beurre noir à sa copine. Encore une fois, la fiction frôle la réalité et ça donne un frisson dans le dos.

La scénographie reflète bien l'esthétique de la pièce, avec trois toilettes sur lesquelles les filles s'appuient tout au long de la pièce. Une lumière néon mauve s'active lorsqu'elles ouvrent le couvercle (dans lequel il y a un micro), que ce soit pour vomir ou pour entamer un dialogue avec elles-mêmes. Un faux mur est mis en arrière-plan, barbouillé de graffitis. Le décor, minimaliste et efficace, est un lieu commun pour les personnages lorsqu'iels racontent leur récit, reflétant les lieux de l'action.

La pièce pourrait bénéficier d'un rythme plus serré au début au niveau des répliques et chorégraphies. Le public met un certain temps à embarquer dans l'univers de Guédailles. Aussi, le t-shirt Not all men de l'homme violent aurait pu être davantage exploité, au niveau des monologues et du chandail lui-même, ce qui aurait apporté une autre touche humoristique. Mais surtout, je crois que l'écriture mériterait d'être retravaillée. Par moment, les répliques des personnages devenaient plus grandes que leur présence par leur caractère explicatif. Au théâtre, on veut surtout voir. Il s'agit de transposer les intentions des personnages dans leurs actions plutôt que dans leurs propos.

Une pièce qui reflète avec franchise et une touche comique la réalité contre laquelle les femmes doivent lutter. On en demande plus!

Guédailles
Présentée par le Théâtre des Laides
Salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui 
Au Festival St-Ambroise FRINGE

15 juin 17 h 30
16 juin 20 h 00
17 juin 16 h 30