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Pas de dictionnaires dans nos écoles

Crédit photo : PublicDomainPictures/Pixabay
Pas de dictionnaires dans nos écoles
Il y a quelques années, un recours collectif contre les frais scolaires illégaux a été intenté. Les frais scolaires sont des sommes que les parents doivent payer chaque année pour, entre autres, du matériel éducatif (des dictionnaires, des Bescherelle), du matériel d’arts plastiques, les sorties scolaires, la reprographie des exercices et des examens, etc. La facture s’élevait, en moyenne, à 150$ par enfant. Par ailleurs, si je ne m’abuse, le gouvernement remet 100$ par enfant aussi, dans le but de couvrir l’achat de matériel scolaire.
 
La loi sur l’instruction publique stipule que l’école publique doit être gratuite pour tous. Ces frais imposés allaient donc, en quelque sorte, à l’encontre de ce principe. C’est pourquoi le recours collectif a été mis sur pied.
 
Après plusieurs mois de négociations, une entente à l’amiable a été conclue entre les parties.
Elle impose aux commissions scolaires de rembourser les parents quant aux frais encourus pour la période concernée, en plus d’établir une nouvelle réglementation pour les écoles concernant les demandes financières faites aux parents. Le détail de cette réglementation a été rendu public cette semaine.
 
Désormais, les sorties éducatives faites sur les heures d’école, le matériel relié à l’apprentissage d’une matière (carton, gouache, dictionnaires, matériel scientifique, etc.), la reprographie des évaluations et de toutes les feuilles sur lesquelles les élèves n’écrivent pas devront être gratuits ou les frais encourus devront être assumés par les commissions scolaires.
 
C’est un ÉNORME drame tout ça.
 
Parce qu’en plus de ne pas avoir assez de livres,
de manquer de ressources en orthopédagogie,
d’avoir trop peu d’heures disponibles avec des technicien.nes en éducation spécialisée,
de devoir recouvrir le côté des meubles avec du tape pour éviter les échardes et de devoir fixer des bibliothèques avec des punaises,
les enseignant.e.s devront désormais faire avec encore moins.
 
Ça, sans parler du milieu culturel et de plein de petites entreprises créées pour éduquer et divertir nos petits qui souffriront énormément de cette décision.
 
Je comprends que des parents puissent avoir des difficultés financières, que pour certain.e.s, 150$, c’est énorme.
Je comprends aussi que l’éducation doit être gratuite puisque c’est la décision que nous avons un jour prise en tant que collectivité.
 
Mais, au-delà de la légalité de la chose, est-ce qu’on pourrait aussi penser à nos enfants et à ceux qui prennent soin de leur enseigner les mots, les chiffres, l’ouverture et le respect?


Entre vous et moi, après offrir un toit, le nécessaire vestimentaire et trois repas sains par jour à son enfant, qu’est-ce qui est plus important que leur donner une éducation adéquate, diversifiée et de qualité? Honnêtement, traitez-moi de bornée, mais il n’y a pas beaucoup de suggestions qui arriveront à me convaincre que ces 150$ pourraient être mieux INVESTIS ailleurs. Et j’insiste sur le mot INVESTIR, parce que débourser de l’argent pour l’éducation de son enfant, c’est un investissement, pas une dépense. (Je parle bien sûr pour les parents qui ont le privilège d'avoir un minimum d'argent et j'ai conscience que, malheureusement, certaines familles n'ont même pas la possibilité d'épargner 150$ par année. Ceci est un débat encore plus important. Mais heureusement, bien souvent, les écoles ont des mesures d’aide pour ces familles, en plus des sous du gourvement.)  
 
C’est vrai qu’il est fort probable que votre enfant ne devienne pas un virtuose de la flûte à bec (à part s’il s’appelle Arnaud Soly haha), mais cet apprentissage va lui faire découvrir la musique, les notes, les mélodies, la respiration.
Au-delà de ça, il va surtout apprendre la force du groupe parce que ça donne quelque chose de grand quand tout le monde joue la même note, en même temps, ensemble.
 
Alors, dites-vous que mettre de l’argent sur ce qui vous semble être un insignifiant bout de plastique, c’est pareil qu’acheter une action à la bourse et être certain qu’elle va fructifier toute la vie.
Et, ce même raisonnement vaut pour la gouache qui se transformera en fleur, la sortie à l’école de cirque qui deviendra une mine de fierté, et le dictionnaire dans lequel votre enfant apprendra à aimer sa langue.
 
Je vous l’accorde, notre argent est (souvent) drôlement géré par nos dirigeant.e.s.
Je suis infiniment d’accord qu’on ne doit pas tout accepter, qu’on doit se battre contre cette mauvaise gestion, qu’on doit s’élever pour que nos ressources soient réparties de façon équitable, qu’on doit militer pour que l’argent soit investi là où ça compte.
Sans doute que notre gouvernement (que nous avons la liberté de choisir, je vous le rappelle), s’il faisait d’autres choix, pourrait les payer, ces frais scolaires.
 
De deux choses, l’une.
 
Croyez-moi, même si cet argent existe actuellement, quelque part, les écoles et les enseignant.e.s ne voient jamais la couleur de ces billets, sinon s’ils les sortent de leurs propres poches.
 
Puis, je suis d’avis que tant qu’on ne décidera pas, d’un pas collectif, de faire de l’éducation une priorité, ce n’est pas en haut sur la colline que ça va changer.
C’est trop facile de remettre l’éducation de nos enfants entre les mains de nos dirigeant.e.s.
Nous décidons de les mettre au monde, je pense que celle-ci doit d’abord et aussi passer par notre désir de vouloir en faire de bon.ne.s humain.e.s.  
 
C’est la fin de l’année scolaire.
On célèbre nos « demains » pour leurs efforts, leurs réussites, et tout ce qu’ils ont appris, tout ce qu’ils ont écrit dans leurs cahiers, dans leurs têtes et dans leurs cœurs.
On célèbre aussi nos enseignant.e.s pour leur dévouement, leur écoute, leur professionnalisme, leur tendresse infinie envers notre avenir.
 
Il me semble qu’on aurait pu se forcer et leur faire un pas mal plus beau cadeau.