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Ma vulvodynie : être en couple sans faire l’amour

Crédit photo : Pablo Heimplatz/Unsplash
Ma vulvodynie : être en couple sans faire l’amour
Une étude australienne qui a débuté l’an passé a semé la controverse, car elle s’attardait au bien-être sexuel des partenaires masculins des femmes qui souffrent d’endométriose… alors que les études sur la condition elle-même manquent. Je souffre de vulvodynie, donc tout comme celles qui souffrent d’endométriose, la pénétration durant l’acte sexuel me fait mal. Je comprends bien l’outrage qu’une telle étude a pu semer et c’est un autre exemple de maladie féminine qui ne reçoit pas l’attention médicale qu’elle mérite.

Cette histoire m’a donné envie d’écrire mon témoignage sur la façon dont la vulvodynie a affecté ma vie sexuelle.

Je suis en couple depuis 3 ans. Ma vulvodynie s’est déclenchée au début de la relation. Nos rapports sexuels ont donc cessé quand mes premiers symptômes sont apparus, jusqu’à ce que le gynéco m’annonce le diagnostic. On peut dire que ç’a mené mon appétit sexuel vorace #LesDébuts de 100 à 0 très rapidement. Je vous explique les symptômes : la pénétration me causait une douleur semblable à un frottement intense sur une peau vraiment irritée. C’est une douleur aiguë qui persiste quelques heures après le rapport sexuel.

Mon gynéco ne m’a pas beaucoup outillée, la vulvodynie est encore peu comprise médicalement, sauf qu’il n’a pas manqué de me dire que plusieurs de ses patientes avaient des problèmes de couple, car leurs partenaires croyaient qu’elles exagéraient leur douleur et autres bêtises du même genre. Non, mais merci hein pour les encouragements, doc!

Quand tout ça m’est tombé sur la tête, j’ai eu peur pour ma relation. Dès le départ, mon copain a essayé de me rassurer, mais j’étais quand même inquiète. J’ai même insisté pour qu'on ait quelques rapports sexuels (douloureux) en lui disant que je n’avais pas « vraiment » mal. Il s’est rapidement rendu compte que ce n’était pas vrai. C’est avec le recul d’aujourd’hui que je vois à quel point je mettais ses besoins sexuels avant ma santé physique. Des besoins que je lui prêtais, d’ailleurs. Je prenais pour acquis qu’il serait frustré et fâché si nous mettions fin à la pénétration pendant un moment. Malgré cette inquiétude, j’évitais autant que possible les moments sexy, pour éviter la pénétration. Avec tout ça, ma libido était quasiment nulle.

Puis on a eu LA conversation. Moi qui me considérais comme une femme affirmée, c’est mon amoureux qui a initié cette conversation et qui m’a convaincue que nous devrions arrêter d’essayer tant et aussi longtemps que ça n’allait pas réellement mieux. Cette étape a marqué le début de la remontée de mon désir. Comme je savais qu’il n’y aurait pas de douleur à la fin, j’ai repris contact avec ma sexualité. Ma vie sexuelle (et intime) s’en est beaucoup mieux portée. J’ai aussi commencé à travailler avec une physiothérapeute spécialisée en rééducation pelvienne. Après quelques mois de physio, j’ai pu avoir une relation sexuelle complète sans douleur. Par contre, la douleur est revenue dès que j’ai cessé de faire les exercices prescrits. Malgré tout, je me sens satisfaite sexuellement et mon copain aussi. Je ne fais pas mes exercices régulièrement parce que #LaVie. Puis je me donne le droit de prioriser autre chose que la pénétration à tout prix. C’est rassurant d’avoir trouvé au moins une chose qui aide.
 
Quand je pense aux femmes qui souffrent comme moi et dont les partenaires sont insensibles à leur douleur, j’ai beaucoup de peine. Même avec un partenaire compréhensif, je me suis fait violence en tentant d’ignorer ma douleur, alors j’imagine facilement leur angoisse.

Cette étape de ma vie m’a forcée à avoir des conversations de marde inconfortables avec mon copain tôt dans notre relation et j’aime croire que ça a rendu notre couple plus fort.  J’ai aussi compris que mon chemin vers l’affirmation de soi ne faisait que commencer.

Trouvez-vous ça facile de vous affirmer dans votre vie sexuelle?