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Vivre avec un TDA avec impulsivité au quotidien

Crédit photo : Meo/pexels
Vivre avec un TDA avec impulsivité au quotidien
J'ai longtemps préféré vivre dans le déni de ma condition mentale. J'ai toujours su que quelque chose ne fonctionnait pas de manière « typique » dans mon cerveau sans savoir quoi exactement. Mon entourage me demandait « Claudine pourquoi tu cours? » Et je disais « parce que la vie est trop courte pour marcher », mais la vérité, c'est que je n'ai qu'une vitesse à mon « moteur » et c'est la course. Avec moi, tout va très vite : je parle vite, j'agis vite, je marche vite. J'en étourdis mon entourage!!


Il y a un an, à l'issue d'une grande période de questionnements, j'ai choisi que j'en avais assez et j'ai consulté une neuropsychologue pour un diagnostic. Je n'avais pas le courage d'attendre plusieurs années pour une consultation au public alors je me suis tournée vers le privé. J'avais toujours perçu chez moi des manifestations du TDA et d'hyperactivité sans que ce soit nuisible pour moi. Sauf qu'en me faisant passer les tests, la neuropsychologue m'a fait remarquer une impulsivité que je n'avais jamais perçue. J'ai certes une personnalité assez directe et j'agis rapidement, mais je n'avais jamais réalisé que cela pouvait provenir d'une atypie neurologique et non pas simplement ma personnalité.

Ç'a été pour moi une grosse réalisation. Mon cerveau était au fond impatient et me faisait vivre les aléas de son impatience au jour le jour. Depuis ce diagnostic, je réalise à quel point beaucoup de mes comportements y sont associés. Notamment, j'ai toujours fait mes examens en 10 à 30 minutes, tout au long de ma scolarité. Je n'arrive pas à réviser. Je réagis toujours spontanément à tout. Et je prends des décisions de vie telles que déménager à l'autre bout du pays sur des coups de tête. Je réalise souvent l'ampleur de ce dans quoi je viens de m'embarquer trop tard.

Ça a du bon, car je suis de nature volage et sans mon impulsivité, je crois que j'étoufferais dans mon quotidien. Je me trouverais plate, car c'est cette impulsivité qui me fait voyager, quitter mon emploi ou toute autre décision importante. C'est grâce à celle-ci que j'ai eu le courage de me défaire d'une relation dans laquelle j'étais malheureuse depuis des années et que j'ai dit adieu à un emploi de fonctionnaire qui m'aurait procuré confort matériel et vacances pour le reste de ma vie ainsi qu'une généreuse pension. Dès que je me sens mal dans une situation, je sais me retirer.

Par contre, je lutte aussi quotidiennement contre mon impulsivité qui me fait dire et faire des choses que j'aurais préféré garder pour moi. Qui me force pratiquement à dire leurs quatre vérités à tous ceux ou celles que je croise. Je ne compte plus le nombre de professeur.e.s que je me suis mis à dos ainsi que les ami.e.s que j'ai perdu.e.s à cause de cela. Mon impulsivité fait aussi en sorte que j'ai besoin que tout soit arrivé hier. Je vis dans le futur. Je planifie mon voyage alors que je suis encore en train de faire le précédent. Je liste les emplois que j'aimerais occuper dans les deux, cinq, dix prochaines années. Je finis par m'épuiser à trop planifier. J'ai de la difficulté avec l'attente. Je suis comme un enfant de 3 ans à qui on dit « attends! »

Obtenir un diagnostic et mettre des mots sur cette chose contre laquelle je lutte quotidiennement a été un soulagement. Non seulement je peux maintenant comprendre ce qui se passe en moi, mais je peux aussi trouver les moyens de m'aider. Car ce n'est pas parce que je suis capable de mettre des mots sur ma condition que j'ai le droit de blesser ou d'être méchante. J'essaie souvent de concentrer mon impulsivité soit en écrivant ou appelant quelqu'un pour lui expliquer la situation plutôt que d'appeler la personne en cause ou alors d'écrire une lettre ou un courriel et le déchirer. Ça m'a empêchée de faire bien des affaires dans ma vie.