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Être malade, mais réussir à surmonter l'incontrôlable

Crédit photo : ouis amal/Unsplash
Être malade, mais réussir à surmonter l'incontrôlable
Cette année, j'ai fêté mes 26 ans avec un petit pincement au cœur. Je me sentais soudainement vieille. Terminée la jeune vingtaine, je me rapproche tranquillement du 30 ans épeurant, synonyme de vie établie. Les gens autour de moi m'ont pourtant assuré, en riant de mon innocence, que je suis encore bien jeune et que j'ai la vie devant moi. J'ai 26 ans et je suis invincible. J'ai donc embrassé cet anniversaire sans trop me soucier de ce chiffre qui en fait ne veut rien dire. Mais mes craintes n'étaient peut-être pas infondées après tout. J'ai 26 ans, mais personne n'est invincible.

Deux semaines après mon anniversaire, j'ai commencé à être malade. Ce qui m'apparaissait comme temporaire au départ s'est vite transformé en état permanent, tellement que j'étais incapable de travailler. Pendant 6 mois, j'ai fait de multiples tentatives de retour au travail, sans réussir à m'y sentir assez en forme pour continuer. J'ai dû me priver de sorties agréables au restaurant, je n'ai visité aucune terrasse de l'été, et j'ai manqué de multiples activités que j'aurais tant aimé faire. J'ai perdu ma liberté parce que mon corps refusait de me laisser le contrôler. J'ai passé plusieurs heures dans le bureau du médecin, fait tous les tests possible sans aucun résultat concluant. Une maladie mystère que je n'arrivais pas à contrôler. Coincée à la maison avec Netflix en trame de fond.

Tout le monde était inquiet. Mes parents, qui n'osaient pas m'en faire part, pour ne pas me faire peur, j'imagine. Je voyais dans les visages de ma famille, mes amis et mes collègues qu'ils se faisaient du souci pour moi. À tous les rendez-vous, mon médecin m'interrogeait par rapport à mon humeur. Honnêtement, j'avais toutes les raisons possibles de vivre une solide déprime, d'être inquiète à n'en plus finir, de pleurer en petite boule dans mon salon à cause de la solitude et d'imaginer que le pire pourrait arriver. Mais la réalité était tout autre. Je me sentais bien.

J'ai perdu le contrôle de mon corps, mais pas de mon esprit. J'ai toujours essayé de rester positive et même dans un des pires moments de ma vie, j'ai réalisé que je possédais tout pour être heureuse. Je suis entourée de gens merveilleux, soucieux des autres et aimants. J'ai une grande famille élargie qui s'aime, j'ai la chance d'avoir mes deux parents, un grand frère présent même si j'habite loin et des neveux et des nièces en santé. J'ai un amoureux qui prend soin de moi et qui est resté à mes côtés pendant toutes ces journées de platitudes. J'ai un chien qui m'a accompagné durant tout ce processus, qui m'a forcé à sortir dehors et qui m'a donné tant d'amour sans même comprendre le bien qu'il m'apportait. J'ai aussi des amis incroyables, avec qui je partage les mêmes valeurs et qui auront toujours une place de choix dans mon cœur.

J'ai su apprécier chaque souper en famille, chaque repas préparé par les autres, chaque coupe de vin, qui - pour l'instant d'une soirée - me faisait sentir normale. J'ai ressenti une joie immense lorsque j'ai enfin pu aller prendre une bière à Montréal pour la première fois depuis plusieurs mois. J'ai profité de chaque journée où je me sentais enfin moi-même, même si je savais que c'était temporaire. J'ai appris à apprécier toutes les expériences banales de la vie.


Je commence enfin à voir le bout de ma maladie mystère. Cette expérience m'aura fait grandir. Cette expérience m'aura montré que je suis chanceuse et que je possède tout ce que j'aurais pu souhaiter avoir. J'ai compris que ça ne sert à rien de se battre contre l'incontrôlable, que la meilleure solution est d'accepter de se prêter au jeu et d'en sortir ce qu'il y a de meilleur.