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J'ai 25 ans et pas de permis de conduire

Crédit photo : Samuele Errico Piccarini/Unsplash
J'ai 25 ans et pas de permis de conduire
Pour faire une histoire courte, je me suis dépêchée, en secondaire cinq, de passer mon permis temporaire (c'est comme ça qu'on l'appelait à l'époque) afin de passer sur la fameuse ancienne loi, celle qui n'obligeait pas à suivre des cours théoriques et pratiques afin de pouvoir passer son permis de conduire. Depuis (ça fait dix ans!) je le renouvelle sans cesse. Sans trop savoir vers quoi tout ça va me mener.

Ma mère n'a pas de voiture, donc je n'ai pas pu vraiment pratiquer ma conduite en dehors des cours pratiques que j'ai suivis. En plus, je ne suis absolument pas quelqu'un de stressé en auto, sauf quand c'est moi qui suis au volant. On dirait que mes perceptions deviennent toutes croches et je ne me fais plus confiance. Les changements de voie, par exemple, sont mon pire cauchemar.

Je dois vous faire une confession : j'ai échoué trois fois mon examen pratique. Et jamais pour des causes dramatiques, juste beaucoup de stress et un énorme manque de confiance. J'avoue qu'en me voyant échouer encore et encore et encore là où la majorité des gens réussissent haut la main, je me suis découragée. Ne pas avoir mon permis est devenu une source de mauvaise estime de moi et une hantise constante, mais ça fait des années que je n'ai pas touché à un volant. Plus le temps passe, plus cette peur prend de la place dans ma tête, et moins j'ai envie de conduire.

Sauf que plus je vieillis, plus c'est handicapant. Premièrement, le regard des gens lorsque je leur avoue que je n'ai pas de permis de conduire me fait de la peine. On lit dans leurs yeux « voyons, je comprends pas, t'as juste à le faire, ton maudit permis! » Aussi, on me demande si j'ai l'intention de l'avoir bientôt, comme si c'était une étape simple qu'on franchit comme si de rien n'était. Je sais que pour la plupart, c'est effectivement le cas, mais pas pour moi.

Deuxièmement, j'habite dans la ville de Québec, donc on est très bien desservis par le transport en commun. Mais plus je vieillis, plus je constate des limites. Mes ami.e.s commencent à avoir des maisons, et comme on le sait, c'est bien plus avantageux de s'installer loin de la ville. J'ai trois amies, entre autres, qui habitent à des endroits qui me sont soit carrément inaccessibles en bus, ou très difficilement. Je me sens donc comme un poids pour elles à chaque fois que je veux les voir, même si elles ne me le font pas sentir. En dedans de moi, je déteste être dépendante des lifts des gens et sentir que je les oblige à faire de la route supplémentaire juste pour que je sois présente aux soirées.

Troisièmement, en tant que jeune professionnelle intervenante qui a terminé l'école en mai, je me rends compte que souvent, dans mon domaine, le fait de ne pas avoir de voiture me ferme énormément de portes. Soit parce que les ressources sont situées à des endroits inaccessibles en transport en commun, que l'horaire ne le permet pas (de nuit ou très tôt le matin, par exemple) ou que l'emploi en tant que tel nécessite une voiture, soit pour des visites à domicile ou pour le transport des clients. C'est assez plate de lire une offre d'emploi, d'être toute excitée, et d'arriver à la ligne « le permis de conduire est exigé par l'employeur.se ». Ce ne sont pas mes compétences professionnelles qui font que je ne peux pas appliquer, c'est mon incompétence à passer mon examen de conduite. C'est dommage.

Je me plains, je me sens nulle, mais je fais rien pour y remédier. En même temps, je n'ai toujours personne avec qui pratiquer. J'ai fait plus de cours qu'il n'en fallait, en vain. C'est un peu une roue qui tourne, mon affaire, et je sais pas comment changer ça. Ça me pèse, mais souvent, j'essaie de le confiner au fond de ma tête et de ne pas y penser.