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Bell cause, mais pas dans le vide

Crédit photo : Bell
Bell cause, mais pas dans le vide
Dans ma vie adulte, j’ai étudié la communication et les différentes façons de faire passer des messages. Une chose qui me fascine personnellement depuis, c’est comment une personne choisit son narratif et comment par le choix des mots qu’elle utilise, elle choisit de passer ses différents messages. Le monde évolue et chaque personne décide de prendre les informations qu’elle emmagasine pour construire son propre narratif et essayer de mettre des mots sur des choses qu’elle vit. Ça prend le temps que ça prend.

Dans les dernières années, le discours sur la santé mentale a évolué, donc. C’est-tu parce que nous, les milléniaux, sommes tous en train de se brûler? Peut-être. Est-ce que c’est parce que quand on devient adulte, on se rend compte qu’on avait formé nos souvenirs pour se sortir la tête de l’eau? Je sais pas. C’est-tu parce que quand on vieillit on se rend compte qu’il y a pas mal plus de monde qu’on le croit en dépression, qu’on voit encore plus de nos amis se suicider? Je sais pas non plus.

Ce que je sais par contre, c’est que les mots font exister les sentiments, le vécu, les mots ont la capacité de prendre un concept flou, du genre « je vais pas bien » et de le transposer vers un concept que les autres peuvent comprendre, comme « j’ai besoin d’aide ». Ensuite, il y a des spécialistes qui sont là pour dire «  tu vas pas bien parce que tu es en dépression/bipolaire/TDAH ou ce qu’on trouve dans le DSM » et qu’ils peuvent verbaliser des solutions comme « thérapie, prendre du temps, prendre des médicaments ».

C’est fou le pouvoir des mots. Je me souviens que quand j’ai vu mon premier documentaire sur le TDAH chez l’adulte, je me suis dit « fuck, c’est ça je pense ». Ça m’aura pris presque un an, prendre un rendez-vous pour avoir une réponse, mais je l’ai eue. J’ai mis un mot sur le narratif de ma vie.Je me suis accordé ce mot-là pour expliquer que je suis pas juste une personne sketch qui ne comprend pas la base de la vie, j’ai un cerveau qui process pas l’organisation. J’ai de l’anxiété aussi et une douance. Une trinité de diagnostics et de comorbidités.

J’ai aussi choisi d’accueillir des mots comme « enfance marquée par la violence ». J’ai accepté que je n’aie pas eu le sentiment d’être en sécurité chez moi et que ça fait que je pense toujours aux différentes portes de sortie, que je peux me revirer sur n’importe quel des 10 cents. Et ça, c’est avec la force des mots que j’ai réussi à le faire. La force de prendre des mots qui font mal en dedans et de m’avouer que ce sont ces mots-là qui accompagnent le narratif de ma vie. Et qu’avant de pouvoir faire quelque chose avec ces mots-là, je dois être capable de me dire qu’ils existent et qu’ils m’accompagnent.

Si je dis tout ça, c’est parce qu’aujourd’hui, c’est la journée Bell Cause pour la cause et que certaines personnes pensent encore que c’est inutile d’en parler juste une journée. Certains disent que ça ne sert à rien.
Pourtant, utiliser la force des mots, en même temps que la force du nombre, même si c’est qu’une journée dans l’année, c’est déjà un immense pas de plus pour que la maladie mentale ne soit plus un tabou et pour aider les gens qui en souffre.

Ce n’est pas aujourd’hui qu’on va régler le cas du capitalisme, mais c’est aujourd’hui qu’on peut utiliser des mots qu’on connaît pour montrer aux autres que la vie est pleine de défis et qu’on a tou.te.s la force de se choisir, même si le parcours fait mal. Et c’est peut-être pas aujourd’hui qu’on peut se dire qu’on a fait une différence à l’échelle mondiale, mais c’est peut-être ce soir que quelques personnes ayant vu la vidéo de Bell décideront de sortir du silence ou d’être un meilleur allié face à un proche qui souffre.

Parce qu’on sait jamais comment le choix des mots d’une personne peut lui donner la force d’aller chercher de l’aide.