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Je suis une amie distante

Crédit photo : Visual Hunt
Je suis une amie distante
Au cours des dernières années, j’ai réalisé que j’étais ce qu’on pourrait qualifier « d’amie distante ». J’aime profondément mes ami.e.s, mais qu’ils fassent partie de ma vie depuis 20 ans ou depuis seulement quelques mois ne change rien à l’attitude que j’adopte avec eux.

C’est simple : je suis incapable d’entretenir une relation « fusionnelle » amicale sur une longue période.

Mes amitiés en sont de circonstance, et les seules relations qui ont traversé les années sont celles avec les courageu.x.ses qui acceptent cette situation : si je n’habite pas dans la même ville qu’eux, je vais leur écrire le jour où je viendrai les voir. Pour le reste, ils auront droit à un coucou quelques fois par années, ou à un « tag » sur les réseaux sociaux. Je les aime, vraiment, et je chéris les moments que j’ai passés avec eux, mais je n’arrive pas à offrir plus que ça. Pas par égoïsme ou par désintérêt, mais peut-être davantage par anxiété, par peur de ne plus avoir de points communs ou par peur de décevoir. Je ne l’ai jamais vraiment compris.

Je suis constituée ainsi et je ne prétends jamais le contraire, mais j’ai compris que cette attitude pouvait affecter mes relations le jour où un de mes amis m’a « ghostée ».

Il était ce genre d’ami extrêmement généreux et impliqué, l’ami le plus fidèle qui soit. L’ami qui passe des mois à chercher le meilleur cadeau à t’offrir, l’ami des longues conversations sur les sujets les plus incongrus, l’ami des costumes d’Halloween élaborés, l’ami qui va toujours dire oui, avec le sourire, même si c’est la 7e fois qu’il te déménage. J’ai beaucoup aimé cet ami, mais la vie, les nouvelles relations et les déménagements ont offert à notre histoire le même dénouement que toutes mes autres auparavant. Notre amitié est devenue, malgré les quelques brèves rencontres annuelles, une autre de mes amitiés de circonstance. Et un jour, j’ai voulu l’identifier dans une de ces publications Facebook qui nous ramènent à des moments précis, des souvenirs partagés, et il avait disparu. Il m’avait, ô comble de l’insulte contemporaine, bloquée. Sans aviser, sans m’écrire, sans me partager la raison, en nous laissant comme dernier souvenir notre journée de magasinage du temps des fêtes, quelques mois auparavant.

J’ai réussi à lui écrire et je n’ai obtenu qu’une vague réponse, une explication qui me confirmait que pour certaines personnes, l’amitié que j’arrivais à offrir n’était pas suffisante. Et ce fut tout.

Depuis cette étrange rupture, je me questionne beaucoup sur mes relations, j’essaie de me forcer, de m’impliquer davantage, mais ce n’est toujours pas naturel. J’essaie de trouver un équilibre entre ce que les gens attendent de moi et ce que j’arrive à offrir. Je réalise que, comme toute relation, le travail est parfois nécessaire et que prendre des nouvelles ne devrait pas être une torture pour moi. Je réalise que je m’ennuie de tous mes amis, même de cet ami perdu. Beaucoup.