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Le problème avec la laïcité

Dimanche, je dois dire que j’étais plutôt réticente à écouter l’entrevue au sujet de laïcité. J’étais réticente, parce que ce sujet me touche trop, me fâche trop et que j’essaie de me protéger en me voilant la face (tudum tsi) et en évitant les opinions qui divergent à la mienne et qui me heurtent. C’est assez rare en fait que j’évite de m’informer, surtout par rapport à un sujet qui m’interpelle autant. Je suis plus du genre à lire tout ce qui me tombe sous la main et à fouiller Internet de fond en comble.

Dimanche soir, j’ai compris pourquoi je me sens comme ça. J’ai compris pourquoi je n’essaie pas de me mettre dans la peau de ceux qui ne pensent pas comme moi, pour les comprendre comme j’essaie toujours de le faire, même si bien souvent je ne les accepte pas forcément.

Je l’avoue, j’ai des opinions fortes sur plusieurs sujets et parfois je suis réticente aux points de vue opposés. Mais ce n’est pas ce qui me dérange autant au sujet de la laïcité, ce qui me dérange, c’est la désinformation autour du sujet. La désinformation, le populisme et tous les mécanismes employés par les médias et les politicien.ne.s pour présenter l’enjeu sous l’angle qui leur plaît.

L’entrevue de dimanche en était l’exemple le plus marquant. J’en ai eu de la difficulté à dormir. Je ne sais même pas par où commencer. D’abord, Christian Dufour qui s’adresse sans cesse à ses détracteurs en employant leurs prénoms, le tout pour les décrédibiliser. Il a ensuite nié que le crucifix est un symbole religieux, préférant y attribuer la tradition (dois-je rappeler que ce crucifix a été mis en place par Duplessis? I mean, quel beau souvenir.!) . Il a ensuite utilisé le nous pour parler des Québécois dits de souche, « nous les Québécois », un mécanisme pernicieux qui force la vision du nous versus le eux et qui, non, n’est pas modéré et qui ,oui, favorise l’exclusion. C’est sans parler de son rictus moqueur aux interventions opposées et de sa façon de prendre tout l’espace physique pour dominer la discussion. Vous me direz qu’il ne faut pas mettre tout le monde dans le même camp, qu’il est probablement simplement un médiocre porte-parole. Certes, sauf qu’il est loin d’être le seul.

La laïcité de l’état n’équivaut pas à la laïcité des individus, ça équivaut simplement à dire que la religion n’interfère pas avec les affaires politiques. On le rappelle pourtant trop peu souvent. Tout comme on omet de mentionner que les cas d'accommodements raisonnables qui étaient médiatisés à tout vent, créant des scandales n'étaient pas des accommodements, mais bien une entente entre des particuliers privés. Ben non, la commission des droits de la personne n'a pas demandé à la cabane à sucre de faire un menu halal. 

Bref, les droits de la personne stipulent qu’un individu est libre de pratiquer sa religion et pour plusieurs pratiquer sa religion veut dire avoir des signes religieux. Maintenant, cette loi nous pousse à nous questionner et à nous positionner sur ce qui est le plus important pour nous. La liberté individuelle ou la neutralité des individus qui travaillent pour l’état?

Pourtant plutôt que de se questionner en tant que société sur ce sujet, partout dans les médias on déblatère sur des cas hypothétiques, on renforce l’ignorance et augmente le fossé entre les citoyen.ne.s. 

Alors que je côtoie des enseignantes voilées depuis des années sans que je n’aie jamais été témoin une seule fois d’une enseignante ayant tenté de convertir ses élèves, soyez en bien avisé. On craint désormais qu’un hidjab nuance son jugement, comme si nous n’étions pas tou.te.s, en tant qu’enseignant.e.s, influencé.e.s par notre vision, par nos valeurs? Comme si présenter un reflet de la société aux élèves de demain était néfaste, comme si nous devions tous nous transformer en robots homogènes et neutres. Je pense que la question est très différente pour les enseignant.e.s que pour les autres intervenant.e.s en position d’autorité, et ce, même si en France, en Allemagne et sur Mars on a adopté ce genre de politique.

Je trouve aussi très tragique le fait que pour plusieurs personnes, ce projet de loi sera mal compris et ouvrira, et ouvre déjà, la porte à l’intolérance et au racisme, et ce bien que je conçois que ça n’en était pas le but. Pour reprendre les propos de l'avocat Julius Grey, je ne vois pas à qui cette loi fait du bien.