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S'affranchir de ses os

Crédit photo : Flickr/SOURCE
S'affranchir de ses os
M’émanciper des carcans, des préjugés et des idées toutes faites : voilà ce que j’ai toujours tenté de réaliser. Je ne me suis cependant jamais douté que le plus ardu serait de me débarrasser de mes os. 
 
Je n’ai jamais pris connaissance du moment où l’anorexie a décidé de faire de mon corps une maison. Petit à petit, elle s’est mise à me dévorer de l’intérieur avec appétit, à mesure que le mien diminuait. J’avais 15 ans.
 
Mes os ont alors pris le contrôle de mes actions : je me devais de tout faire pour les apercevoir. En me tortillant devant le miroir, rien ne pouvait m’apporter une plus grande satisfaction que de percevoir les distinctes bosses de mes côtes et de ma colonne vertébrale. Mais cela avait un prix. 
 
Inutile de vous décrire les moyens nécessaires à la prise du pouvoir de mon squelette. Vous en entendez déjà assez chaque jour : à la radio, à la télévision, de votre collègue qui a commencé le dernier régime présenté dans un magazine. 
 
L’ossature de mon crâne semblait prendre le contrôle des pensées qui forment son contenu. Je me rappelle très bien en train de préparer mon bol de céréales : neuf calories par Mini-Wheats, on n’en mettra pas plus que douze avec pas trop de lait… Il ne fallait pas oublier d’aller courir après.
 
Est-ce que j’ai eu de l’aide? Oui. Médecin, nutritionniste et psy, rien n’y faisait. L’idée de fondre au profit de ma charpente était plus forte. Après avoir répondu aux attentes et bu beaucoup d’eau avant de monter sur la balance, j’ai fini par me débarrasser de ces spécialistes que je considérais comme collants. 
 
Arrivée à 18 ans, je suis fatiguée, épuisée d’entendre les craquements de mes os qui résonnent comme des ricanements. C’est pourquoi j’ai décidé de les quitter. 
 
Mon reflet ne me renvoie peut-être plus une image aussi claire de mon squelette. Un peu enrobé, sa voix fait de moins en moins échos. C’est plutôt une mélodie d’avenir qui l’a remplacé.
 
Je mentirais de dire que c’est facile, que chaque jour on déclare avec certitude accepter son corps tel qu’il est. On en a cependant qu’un. Il fait partie de l’unité qu’est la société, et c’est sa diversité qui fait sa beauté. 
 
Détournez le regard du miroir, observez les gens autour de vous qui rayonnent tous par leur unicité. Ne peut-on pas être fiers d’appartenir à cette humanité? C’est pourquoi nos os, malgré leur ténacité, il faut les laisser aller.  
 
 
 
Pour obtenir de l’aide, contactez Anorexie et boulimie Québec (ANEB). 
 
Par Internet : https://anebquebec.com
 
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