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J’ai mal à mon humanité : le meurtre de Muhlaysia Booker et celui de la communauté transgenre

Crédit photo : Muhlaysia Booker/Facebook
J’ai mal à mon humanité : le meurtre de Muhlaysia Booker et celui de la communauté transgenre
J’ai ce goût très amer dans la bouche depuis deux semaines. La semaine dernière, c’était le projet de loi anti-avortement en Alabama. Cette semaine, au Texas, c’est le meurtre complètement odieux de Muhlaysia Booker, une jeune femme noire transgenre de 23 ans. Un crime probablement haineux, à la fois sexiste, raciste et transphobe.

Samedi matin, Muhlaysia Booker a été tuée par balle, retrouvée face contre terre dans une rue de Dallas. Au moment d’écrire ces lignes, trop peu de preuves ont été recueillies pour confirmer à 100 % qu’il s’agit bien d’un crime haineux. Pour l’instant, laissez-moi douter qu’il en soit autrement; le mois dernier, Muhlaysia a été sauvagement battue par un groupe d’hommes lâches. La vidéo de l’attaque m’a donné envie de vomir face à tant d’absurdités, de violence gratuite et de haine.

Je n’arrive juste pas à comprendre toute cette cruauté des humain.e.s envers d'autres humain.e.s. Envers celles et ceux qui font leur vie, et surtout, envers celles et ceux qui ont le courage d’être qui elles.ils sont. On devrait plutôt les célébrer, les remercier d’oser pour celles et ceux qui n’osent pas encore ou qui n’oseront jamais. J’ai mal à mon humanité. On se fait tuer parce qu’on « est ». Ça me fait peur, ça m’écoeure.

Si Muhlaysia était encore avec nous, j’aimerais lui dire qu’une chance qu’elle existe. J’aimerais aussi lui dire qu’elle a le droit de s’émanciper, qu’elle est libre d’afficher son identité. Que je suis désolée qu’elle vive dans une culture de violence et qu’elle ait à subir la bêtise, l’ignorance et la petitesse des autres. Qu’elle peut se sentir en sécurité partout où elle va et qu’elle a les mêmes droits que quiconque. Pourquoi en serait-ce autrement? Y a-t-il une bonne raison pour laquelle ça devrait être différent? Malheureusement, je n'aurais pas pu lui dire tout ça parce que ce n'est pas le cas. On n’a pas su la protéger et lui garantir la sécurité, pourtant un besoin élémentaire dans notre société.

Muhlaysia est la 5e femme transgenre noire assassinée cette année aux États-Unis; la tendance est à la hausse, alors qu’elles sont de plus en plus la cible de violences. J’ai envie d’hurler et pourtant, ce n’est pas fini. En 2018, aux États-Unis seulement, 26 meurtres contre la communauté transgenre ont été commis. VINGT-SIX meurtres parmi lesquels la majorité des victimes étaient des femmes transgenres noires.

J’ose espérer qu’en diffusant ces atrocités, en dénonçant et en éduquant, on peut faire une différence. Que la violence et la stigmatisation seront punies comme elles se doivent et que, ultimement, elles cesseront. On doit rester TRÈS vigilant.e.s, on doit rester solidaires face à de telles barbaries.