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Séance de magasinage, cabine d'essayage et complexes

Crédit photo : Becca McHaffie/Unsplash
Séance de magasinage, cabine d'essayage et complexes
L'autre soir, mon amie et moi avions une mission magasinage bien précise: trouver des shorts assez longues pour respecter le code vestimentaire de notre emploi. Armées de notre bonne humeur et de notre envie de dépenser, nous nous sommes rendues au centre d'achats. 

Tout se passait bien. Malgré notre désaccord envers ce morceau de vêtement (les shorts jusqu'aux genoux n'ont jamais la capacité de nous rendre confiantes et flawless, mais c'est notre opinion), nous trouvions des morceaux qui nous plaisaient relativement et nous avions du plaisir.

N'ayant peur de rien, nous nous dirigeâmes vers les cabines d'essayage. Et là ... pan pan pan (musique dramatique).

Seule, en sous-vêtements, dans la cabine exiguë, entourée de miroirs et sous les néons éclatants, je me suis mise à me détester. Wash, mes cuisses sont molles et pleines de cellulites. Ark, j'avais pas regardé mes fesses encore, c'est quoi ça!? Je suis donc bien rendue avec un ventre horrible, franchement. Pis mes bras! Depuis quand ils pendent et sont énormes comme ça?

De bien belles pensées qui donnent confiance, ça. Ou pas ... 

Je suis sortie de la cabine pour montrer mes essais à mon amie, la face longue comme une traversée du désert et les yeux tristes tels ceux d'un épagneul. Quelle ne fut pas ma surprise de constater le même air dans le visage de mon amie. « Le linge me fait », j'ai dit « mais je me trouve dégueulasse ».  « Moi aussi », répondit-elle. Notre beau vendredi soir venait de se transformer pour laisser place à une ambiance lourde et désolante.

Pourquoi est-ce qu'on se déteste autant? Pourquoi se voir crûment sous la lumière des néons des cabines d'essayage nous donnent juste envie de détourner les yeux et d'ignorer notre corps? Je ne me trouvais pas particulièrement laide avant de mettre les pieds dans cet endroit. On a de la difficulté à s'affronter, à se regarder longtemps, sous toutes nos coutures, bien éclairées. Pourtant, mon corps n'était pas différent cinq minutes plus tôt. 

Ça me fait de la peine qu'on se mette autant de pression et qu'on se laisse être déprimées pour ça, mais c'est hors de notre contrôle. J'essaie de pas trop m'en faire avec mes complexes, jusqu'à ce que je me retrouve yeux dans les yeux avec ma cellulite dans une cabine d'essayage. Aussi, pourquoi est-ce qu'on se permet d'être aussi violentes envers nous-mêmes? Je ne dirais jamais d'une personne qu'elle est « dégueulasse » (je ne le penserais jamais non plus), et je n'accepte pas que mes amies se traitent elles-mêmes de cette manière, car je les trouve toutes sincèrement belles. Pourquoi, alors, je trouve acceptable de m'insulter moi-même avec des termes aussi forts et négatifs? Pourquoi je trouve les corps des autres beaux alors que le mien me dégoûte? 

Pourtant, mon amie et moi devrions être fières de nos corps, comme n'importe qui. Il est aimé par nos amoureux, en santé, il peut faire plein de choses et ne nous donne pas vraiment de limites. Mais je suis sûre que ce soir-là, nous n'avons pas été les seules avec cette grosse boule dans notre ventre, à essayer de dealer avec nous-mêmes dans les cabines trop éclairées.