+ Playlists

Slutshaming : Quand la liberté sexuelle est associée à la déchéance

Je croyais jusqu'à récemment que je n'avais pas vraiment vécu de mauvais jugements à cause de ma sexualité. Avec le recul, j'ai réalisé que je suis passée par là, et plus particulièrement pendant ma dernière période de célibat. 

J'avais terminé une relation de cinq ans très routinière qui avait commencé à la fin de mon adolescence et je ne cherchais pas à être en couple à nouveau. À vrai dire, c'était la première fois je me sentais vraiment dans une phase d'exploration. J'avais juste envie de connaître mon corps et mes préférences, choses que je n'avais jamais vraiment pris le temps de découvrir. Pour moi c'était legit et c'était important de le spécifier à mes nouvelles fréquentations. 

J'ai vu un gars et j'ai mis cela au clair avec lui: pas de couple ou de romance. Un jour, dans une conversation il a compris que j'ai fréquenté d'autres personnes depuis lui et il s'est mis en colère: « Dis-moi la vérité!! Combien de gars!? Pourquoi!? T'es méchante! » Je me suis demandé si je n'avais pas été suffisamment précise, mais ça a quand même été un gros turn off. Je n'avais absolument aucun compte à rendre et je n'ai pas reparlé à cette personne par crainte de me faire invalider. 

J'ai eu tout de même quelques rencontres dont certaines étaient plus régulières. J'ai réalisé que je trouvais plus sécurisant de voir les mêmes personnes qui finissaient par connaître mes préférences, plutôt que les occasions d'une nuit. Mais dans les faits, tant qu'il y avait du respect et du consentement, je me le permettais selon mes envies. 

C'est quand j'en ai parlé ouvertement à certaines personnes que j'ai eu des réactions très mitigées. 

Une amie m'a demandé si j'avais un nouveau chum depuis ma rupture. Quand je lui ai parlé de ce que je faisais depuis mes derniers mois, elle m’a dit « Sérieux? Voir que tu fais ça! T'es pas en train de te prostituer toujours? ».

Un autre gars que j'ai fréquenté, avec qui je suis devenue amie m'a donné beaucoup de pression afin que je finisse en couple avec lui alors que je refusais. Je lui rappelais très régulièrement mes attentes et il me disait qu’il les acceptait. Au final, j'ai réalisé que cette relation ne pouvait pas continuer, car je voyais que notre amitié lui donnait de faux espoirs. Blessé, il a fini par dire à des ami.es commun.es que j'étais une vraie slut. Le pire là-dedans, c'est que je me suis sentie coupable d'avoir fait du mal à cette personne.

J'essaie depuis de faire attention. Je suis consciente que certaines personnes ne sont pas très à l'aise de parler de sexualité ou encore qui ne conçoivent pas l'idée de juste baiser sans aucune autre éventualité. Il n'y a pas de mal à exprimer son malaise dans une conversation et à préférer changer de sujet. 

En revanche, je ne parle pas simplement de personnes qui ont été dérangées parce que je parlais de sexualité sans couple, mais bel et bien de personnes de mon entourage dont j'attendais un peu plus de compréhension, moins de jugements précipités et surtout pas de pression pour me remettre en couple!  Des personnes que je n'aurais pas pensé dégoûter.

Je ne sais pas quelle image j'évoque dans l'esprit des gens, mais non, je ne suis pas fondamentalement sage et pure. Je reste un humain qui s'épanouit, qui apprend (et qui aime le sexe). 
That's it.

Eh oui, curieusement ces épisodes de malaises et de slutshaming se sont terminés quand je me suis casée à nouveau par amour dans une relation exclusive... Mais au final, malgré ces moments d'invalidation, je ne regrette pas du tout ce moment de ma vie qui m'a apporté plus de bon que de mauvais.