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Ce n'est jamais juste une main sur le genou

Crédit photo : Véronique Laliberté et « Pourquoi les filles ont mal au ventre? »/Éditions de l'Isatis
Ce n'est jamais juste une main sur le genou
Suite à l’affaire Weinstein, le mouvement #MeToo et la cérémonie très politisée des Golden Globes dimanche dernier, le quotidien LE MONDE a publié plus tôt cette semaine une tribune signée par plus d’une centaine de françaises, dont l’actrice Catherine Deneuve. L’article est titré de la façon suivante :  
 
« Nous défendons une liberté d’importuner indispensable à la liberté sexuelle ».
 
PARDON?
la liberté d’importuner?
MAIS VOYONS.
 
Première aberration d’une malheureuse longue suite qui nous indique, entre autres, que la vague #MeToo ramène les femmes au statut de victimes.
 
Évidemment, cette tribune a suscité bien des réactions, tant du côté des féministes que des, appelons-les, ben-oui-je-suis-féministe-mais-je-ne-me-reconnais-pas-dans-le-féminisme.
 
Au Québec, Sophie Durocher ne pouvait pas passer à côté de cette occasion or-rose pour nous manifester son accord avec ce discours complètement décalé.
 
Quand je lis tout ça, j’ai l’impression que ces femmes tiennent à s’élever au-dessus de ceux qui ont dénoncé.
 
Et cette impression s’est confirmée quand j’ai entendu l’entrevue que Catherine Millet – une cosignataire de la tribune dont il est ici question – a accordée sur France Culture le 5 décembre dernier.
Dans cet entretien, alors que l’animatrice lui demande si elle a toujours été consentante lors de ses relations sexuelles, elle répond et je cite malheureusement : « Ah oui, oui, bien sûr. Ça, c’est mon grand problème. Je regrette de ne pas avoir été violée parce que je pourrais témoigner que du viol, on s’en sort. ».
 
Mais qui est-elle pour tenir des propos d’une telle violence?
 
Pourquoi ces femmes se sentent-elles visées par toutes ces dénonciations?
Ça n’a rien à voir avec elles.
 
Si vous, mesdames, ne vous êtes jamais senties invalidées par les propos ou les gestes d’un homme, tant mieux, c’est une bonne nouvelle pour vous. Profitez-en donc pour utiliser la force que vous n’avez pas perdue pour aider les victimes à se relever, au lieu de leur piler dessus.
Il me semble que ça serait plus bénéfique comme prise de parole, non?  
 
Ouais, je sais, vous avez peur que les hommes ne sortent plus de chez eux parce ces mouvements féministes impliquent qu’ils sont tous des agresseurs.  
Je ne sais pas où vous avez pris ça, mais personnellement, je n’ai rien entendu de tel.  
Certains hommes sont coupables d’être allés trop loin, d’autres non.
Les hommes de la 2e catégorie, ils existent.
Ceux-là n’ont pas peur de sortir de chez eux.
Et ils prennent même la main des femmes pour leur dire que la douceur et le respect existent encore.
 
Parlant de prendre la main de femmes.
À plusieurs reprises il a été mentionné qu’il fallait arrêter de mettre, et je reprends ici les mots de Mme Durocher, « une main sur le genou sur le même plan qu’un viol avec pénétration ».
 
Je fais un effort et j’essaie de comprendre cette position.  
 
Je me fais mettre une main sur le genou. Je suis mal à l’aise, mais bon, c’est juste mon genou. Je laisse faire.
Et la main monte sur mes hanches et sur mes fesses. Je ne suis pas bien, mais heille, ce n’est pas la fin du monde. J’endure.
On m’embrasse. Ben là, ça va loin, mais ouin, c’est vrai que ce n’est pas si pire que ça un bec. Je prends sur moi.
Pis là, ce sont les mains sur mes seins.
Pis c’est pas long que le pénis rentre dans mon vagin.
Je n’ai rien dit avant parce que ce n’était pas grave, mais là, je ne peux plus rien dire parce qu’il est trop tard.
 
Alors.  
À quelle étape j’aurais dû dire non? Si je ne dis pas non ni aux mains sur mon corps, ni au bec, parce que bon, il n’y a rien de grave là-dedans, paraît-il, à quel moment je signifie que je ne suis pas d’accord, que je n’ai pas envie que ça aille plus loin?
 
Le plus d’étapes auxquelles les femmes disent oui, le plus on les accuse d’avoir joué avec le feu.
 
Entre le dessus et le dessous de nos corps, le chemin est court.
Ça n’est jamais juste une main sur le genou.
 
Le mouvement #MeToo n’a pas été un concours de mon agression est pire que la tienne.
C’était une vague de libération de la parole.
Jamais le propos n’a été de brimer la liberté sexuelle. Bien au contraire. 
C’était une façon de dire collectivement que le non était valable et important, peu importe le moment auquel il survenait, et donc de soutenir la liberté de tout un chacun.
En rien, ça n’a fait des femmes que des victimes. 
Ç’a été, au contraire, une preuve indéniable de leur force.
De victimes silencieuses, elles sont devenues guerrières glorieuses.
 
Madame Durocher, Mme Deneuve, Mme Millet et leurs acolytes persistent à dire que toutes ces initiatives sont une autre façon d’opposer les femmes et les hommes entre eux.
 
Je pense plutôt que ça met en lumière la confrontation qui demeure entre les humains qui croient en la liberté oppressive des temps anciens et à ceux qui revendiquent la liberté intemporelle du consentement mutuel.
 
Et ça, ce n’est pas une question de sexe.
C’est une question de respect et de considération.