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Le paradoxe de la double exception : tda/h et haut potentiel cognitif

Crédit photo : Noah Naf/Unsplash
Le paradoxe de la double exception : tda/h et haut potentiel cognitif
La double exceptionnalité, ce n’est pas être deux fois exceptionnel et fabuleux. Ce sont deux conditions qui sont toutes deux des exceptions à la norme de la société. Le haut potentiel cognitif, appelé aussi douance, se présente chez environ 2% de la population et le tda/h serait dans les environs du 5%, mais varie selon les études.
 
La douance n’est pas qu’un indice de QI supérieur à la moyenne, au même titre que la déficience intellectuelle ne se base pas seulement sur un QI de moins de 70. Plusieurs autres indicateurs sont relevés pour parler de douance comme de l’hypersensibilité sensorielle et émotionnelle, de fortes réactions à l’injustice, une pensée qui défile rapidement et dans plusieurs directions, un développement précoce à l’enfance, etc. La douance représente un écart avec le reste de la population et elle peut donc entraîner le sentiment d’être différent des autres. Les limitations en douance ne sont évidemment pas du même ordre qu’en déficience. Mon point est plutôt qu’il s’agit d’un écart avec le reste de la population qui est tout aussi marqué.
 
Souvent, c’est cet écart qui fait souffrir. La douance combinée à un tda/h, donc la double exceptionnalité, met la personne deux fois plus à l’écart. La personne serait censée fonctionner au niveau supérieur de la douance, mais elle se sent constamment freiné par ses difficultés d’attention, de planification, d’inhibition et autres. Par exemple, on peut voir une personne qui fait un doctorat en philosophie, mais qui est incapable de suivre une conversation au restaurant sans se laisser constamment distraire par les gens de la table à côté. Toutes les personnes douées ne font pas des doctorats et toutes les personnes qui font un doctorat ne présentent pas une douance. C’est seulement un exemple pour illustrer que la personne peut très bien se débrouiller en compensant ses difficultés sans que cela n’invalide la présence d’un trouble.
 
Étant donné que la personne compense, l’entourage voit quelqu’un qui se débrouille très bien au quotidien. Par exemple, si quelqu’un a de bonnes notes à l’école, la présence d’un tda/h est infirmée. Or, de bonnes notes à l’école ne sont pas un gage d’une absence de trouble… Dans le cas des gens qui présentent une douance, il se peut très bien qu’ils réussissent à obtenir de bonnes notes en compensant leurs difficultés. Il faut être vigilant, car cela ne veut pas dire qu’ils ne présentent aucune détresse. La compensation des difficultés permet de progresser et de mieux fonctionner, mais elle a l’effet de camoufler les difficultés aux autres.
 
Le problème survient quand les exigences de l’environnement augmentent et qu’il n’est plus possible de camoufler. Par exemple, de nouvelles responsabilités au travail, des études supérieures, la venue d’un enfant, etc. et que la personne ne peut plus compenser. Le problème survient aussi lorsque la personne s’épuise à force de camoufler constamment ses difficultés en compensant et en vient à développer d’autres symptômes. D’ailleurs, environ la moitié des personnes non diagnostiquées et traitées pour un tda/h développeront à l’âge adulte des affects dépressifs et de l’anxiété… Ces personnes se présenteront alors en psychothérapie pour gérer la dépression et l’anxiété, alors qu’elles ont peut-être un tda/h non soigné qui risque de se mettre dans le chemin constamment s’il n’est pas adressé.
 
Beaucoup de personnes, incluant des professionnels de la santé, sont parfois portés à croire qu’une douance ne peut coexister avec un autre trouble (tda/h, dyslexie, dyspraxie, etc.). Pourtant, il est aussi possible d’avoir un tda/h pour quelqu’un qui a une douance que pour quelqu’un qui présente un raisonnement dans la moyenne ou même déficitaire. L’écart discuté plus haut entre les habiletés cognitives globales et les difficultés cognitives nous éclaire sur la présence d’un trouble. Cet écart doit être suffisamment marqué pour parler de trouble et non de fragilités. Par ailleurs, il n’y a aucune raison que cet écart ne puisse pas exister chez des gens qui ont un plus haut potentiel cognitif.
 
Les capacités à se « débrouiller » des personnes présentant un potentiel cognitif plus élevé fait en sorte qu’elles se cognent le nez à plusieurs portes avant de pouvoir obtenir l’aide dont elles ont besoin et qu’elles se retrouvent souvent avec le mauvais diagnostic. Il est temps qu’on en parle plus, qu’on développe les connaissances en la matière et qu’on adresse la souffrance de ces personnes pour mieux les aider.