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La diabolisation de la médication, c'est non.

Crédit photo : Pietro Jeng/Pexels
La diabolisation de la médication, c'est non.
Plusieurs discussions que j’ai eues m’ont amenée à vouloir écrire cet article. Je ne suis ni anti-médication, ni pro-médication, mais je suis surtout tannée d’entendre les gens diaboliser la prise de médicaments, particulièrement en santé mentale. Personne ne dirait à un.e diabétique qu’il.elle pourrait se passer de son insuline ou qu’il.elle n’est pas malade à ce point-là. Alors, c'est quoi la si grande différence pour les troubles de santé mentale?

Crédit : Giphy
 
La santé mentale, on en parle de plus en plus. C'est tant mieux, mais j'ai l'impression qu'on fait le tri ... On parle un peu plus de psychothérapie, on parle de yoga, on parle d’oméga-3 et on parle de moment présent. Ça, ça passe mieux. Sauf que parler d’antidépresseurs, de benzodiazépines, de lithium, de psychostimulants ou d’antipsychotiques, c'est non. C'est tabou. C'est certain qu'un suivi médical est primordial, car ce n'est pas à prendre à la légère non plus. Mais ça, c'est le cas pour toute médication.
 
Personnellement, j’ai reçu mon diagnostic de TDA/H il n'y a pas très longtemps (1 an) et j’ai réfléchi longuement à la question de la médication. J'avais besoin de temps pour prendre une décision réfléchie. Je l'ai dit à mon copain et à une amie, je crois, c'est tout. Je n’avais pas envie d’entendre tous les jugements sur la médication qui sont souvent non fondés ou fondés sur de mauvaises sources d'informations. Je n'avais pas non plus envie de me faire dire que j'étais « trop » fonctionnelle pour prendre des pilules. Quel niveau de détresse on est doit atteindre si on veut un traitement? Et pourquoi les personnes se permettent-elles de décider quel est notre niveau de détresse?

J'étudie dans un domaine (la neuropsychologie) qui fait que je connais assez bien les médicaments utilisés pour le TDA/H, en plus d'avoir le diagnostic, t'sais (ça aussi ça compte, je pense). J'ai pourtant eu droit à plusieurs opinions non sollicitées sur quelle médication je devrais prendre, si je devais en prendre ou non, et plus encore. #ThanksForYourInput (NOT)

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Même dans mon domaine, je vois des personnes très réticentes face à la médication, mal à l’aise d’en parler ou qui ont une opinion très négative de ça. C’est perçu comme une solution de dernier recours, quand il n’y a plus rien à faire. Il y a plusieurs autres types d'intervention que la médication, c'est vrai. Mais la médication est vue comme une solution facile, une béquille ou comme un signe d'échec des autres interventions. En santé mentale, la médication, c'est honteux, apparemment.

Personnellement, je ne perçois pas du tout ça comme honteux, au contraire! La médication, c'est une stratégie parmi une panoplie d'autres stratégies, qui peut bien fonctionner ou non (chaque personne réagit différemment selon la molécule). Pour moi, quelqu'un qui décide de prendre des médicaments, c'est quelqu'un qui veut aller mieux et qui choisit un outil qu'il.elle croit aidant. C'est loin d'être quelqu'un de lâche ou de « plus malade » que les autres. Pourquoi cette façon de vouloir s'aider n'aurait pas sa place? Pourquoi ce shaming?

Certain.e.s peuvent voir la médication comme une bouée de sauvetage ou une béquille. En un sens, je suis d’accord. C'est l'aspect péjoratif associé à ça qui me dérange. Une béquille quand tu te casses une jambe, c'est très utile. En santé mentale, la jambe cassée est là, mais souvent invisible. Ça ne veut pas dire que la personne n'a pas besoin de béquille, ou n'en bénéficierait pas. Ma médication est une de mes béquilles, oui. Idem pour mon Google Agenda. Les deux me permettent de mieux gérer mon TDA/H, mais de façon différente. La médication m'aide à être attentive, le Google Agenda m'aide à m'organiser. Voilà. 
 
Je ne dis pas que tout le monde devrait prendre de la médication, mais je trouve que c’est encore trop tabou. C'est une décision pourtant très personnelle. Un.e médecin, un.e pharmacien.ne ou un.e autre intervenant.e bien formé.e peut fournir des informations sur les bénéfices et les risques associés pour que la décision soit la plus éclairée possible. Les jugements biaisés et les critiques plates n'ont pas leur place. À mon avis, du soutien et de la sensibilité seraient plus utiles devant quelqu’un qui essaie de s’en sortir et d’aller mieux, non?

Voici un peu de soutien pour celleux qui peuvent se sentir shamé.e.s de simplement vouloir aller mieux...
Crédit : Imgur
 
* À noter que j’inclus le TDA/H dans les troubles de santé mentale. Le TDA/H se trouve dans la catégorie des troubles neurodéveloppementaux du DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).