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Ma thérapie familiale m'a appris à pardonner

Crédit photo : Caleb George/Unsplash
Ma thérapie familiale m'a appris à pardonner
J'ai toujours cru que je n'étais pas rancunière ; j'ai toujours pardonné à mes proches. Je n'aime pas rester fâchée et j'aime clore les situations conflictuelles rapidement. Cette réalité qui avait toujours été la mienne s’est révélée fausse.

En 2009, j'ai découvert que je n'avais jamais été rancunière, car on ne m'avait jamais blessée à ce point, blessée dans mes valeurs et mon identité. J'étais en colère, j'étais blessée, abandonnée et rancunière. Le pardon n'était pas une option ; abandonner cette relation semblait plus facile que pardonner. Gagner était la seule conclusion, je voulais combattre. Je souffrais tellement que j'étais aveuglée par ma rancune et ma peine. 

Petite mise en contexte
La séparation de mes parents, alors que j'étais âgée de 16 ans, fut le début d'une relation conflictuelle avec mon père. Au cours des six années qui ont suivi cet événement, notre relation s'est détériorée au même rythme que le conflit, la colère et la rancune grandissaient. Chaque événement confirmait mes impressions, et je m'ancrais d’avantages dans mes positions. Ce conflit a atteint un point, que je croyais de non-retour. Les contacts se faisaient de plus en plus rares. Je pensais mettre fin à cette relation toxique, je ne croyais pas que j'arriverais à lui pardonner. 

C'est alors que la pédopsychiatre qui suivait ma sœur a imposé une thérapie familiale entre ma fratrie et mon père. Nous nous sommes alors retrouvés les quatre dans le bureau d'une travailleuse sociale

Notre thérapie familiale
Dans notre cas, cette prise en charge thérapeutique fut très bénéfique. Ce fut un long processus, le suivi thérapeutique s'est échelonné sur un an et l'amélioration de notre relation a perduré après la fin de notre thérapie. Ma relation avec mon père est désormais saine et harmonieuse ; elle m'apporte beaucoup de bonheur. En plus d'être favorable à ma relation familiale, cette thérapie m'a appris beaucoup, surtout sur le pardon.

La travailleuse sociale nous a expliqué que dans notre cas, un fossé s’était créé entre nous et que chaque conflit additionnel creusait davantage la pente. Cet énorme fossé rendait l’entente impossible, à ce moment-là. Let’s agree to disagree, était la « conclusion » de nos conflits depuis longtemps.

Nous avons débuté avec certains conflits centraux, mais cette fois, nous nous concentrions sur l’émotion ressentie plutôt que sur le contexte. Nous avons mis l’accent sur la communication et l’écoute. J’étais tellement concentrée sur ma peine, que j’ignorais celle d’autrui. La thérapie m’a permis de réaliser que cette peine était mutuelle et qu’au fond le but des deux partis était le même : une relation harmonieuse.

Une fois que la discussion était finalement possible, il fallait mener notre relation à un autre niveau. Il fallait laisser derrière nous tous ces conflits pour mieux avancer, il fallait créer des bases saines. C’est plus simple à dire qu’à faire. Nous avons commencé par exprimer nos attentes et créer des moments heureux, harmonieux.
 
Ce que j'ai appris...
À travers ce processus, j’ai compris que l’écoute et la communication étaient la clé de la résolution de conflits et du pardon. La création de moments heureux et agréables a joué un rôle important, car ils ont permis d’amorcer mon pardon et de prouver que du positif pouvait exister au sein de notre relation.

Pour pardonner, j’ai dû faire preuve d’ouverture, d’empathie ; il a fallu piler sur mon orgueil et accepter mes torts, même s’ils étaient accidentels. J’ai appris que l’intention compte autant que les actions, sinon plus. Je suis consciente que ça ne s’applique pas à toutes les situations.

Dans mon cas, les intentions de mon père n’ont jamais été mauvaises, il vivait de la souffrance face à la détérioration de notre relation. Ses actions m’ont blessé au même titre que mes actions l’ont blessé. Nos intentions n’ont jamais été mauvaises, pourtant, nos actions ont engendré de la souffrance.

Il est aussi important de souligner que le pardon prend du temps ; chacun a son rythme et il faut le respecter. Il ne faut pas forcer les choses, il faut être patient. Je crois aussi que pour pardonner, il faut faire preuve d’honnêteté avec soi et les autres. Il faut faire preuve d’amour envers l’autre et d’amour propre.